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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/238

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moitié marin, à moitié diplomate, qui s’est illustré partout par les plus scandaleux exploits, voilà, de la situation militaire et politique de l’Empire à la guerre sous-marine, une transition toute trouvée. Quoi que l’impérialisme et le militarisme allemands puissent penser de la guerre continentale, et des chances qu’elle leux réserverait encore, la faillite de la guerre sous-marine est évidente, même aux yeux les plus prévenus. M. Lloyd George, à la Chambre des Communes, dans la séance du 7 août, en a dressé le bilan avec une rigueur impitoyable. Admettons que les autorités allemandes contestent les chiffres de l’Amirauté anglaise : les statistiques sont complaisantes, il n’est que de les interpréter, en les sollicitant, et on s’y entend à Berlin; à un chiffre, on peut toujours opposer un autre chiffre. Mais la conclusion reste irréfutable : « Si les sous-marins avaient réussi, nos armées en France eussent été gaspillées inutilement; les Américains n’auraient pas pu franchir les mers, et les munitions n’auraient pu être transportées; nous n’aurions pas pu expédier le charbon et les matériaux nécessaires à la France et à l’Italie pour manufacturer les munitions. Si la France, l’Italie et la Grande-Bretagne eussent été menacées par la famine, la guerre aurait été terminée avant même que cette éventualité se produisit. » L’Allemagne, on en convient, n’est pas obligée d’en croire le premier ministre d’Angleterre, mais il y a des choses qu’elle peut voir, et même des choses qu’elle ne peut pas ne pas voir. Les armées britanniques en France n’ont pas fait et ne font pas une besogne vaine ; les Américains ont franchi les mers; les munitions ont pu être transportées, le charbon et les matières premières ont été expédiés en France et en Italie, dont les manufactures, loin de chômer, se sont multipliées et ont multiplié leur production. La France, l’Italie, la Grande-Bretagne, n’ont pas été menacées par la famine, et l’éventualité ne leur en est même pas apparue, puisque, — c’est une certitude pour l’Allemagne comme pour nous, — la guerre n’est pas terminée.

Mais si l’Allemagne tient à n’en pas juger par les raisons des autres, qu’elle en juge alors par les siennes. On lui avait juré de mettre en quelques mois, par la guerre sous-marine, l’Angleterre sur les genoux; et, après une première expérience, on ne lui avait demandé qu’un nouveau crédit de quelques mois encore : au bout de ces quelques mois, de six mois peut-être, d’un an tout au plus, l’orgueilleuse Albion aurait crié grâce : Dieu l’aurait punie. L’Entente serait affamée, disloquée, coupée en tronçons isolés l’un de l’autre et