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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/234

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Thiescourt-Ribécourt, occupant, l’une après l’autre, les crêtes qui-donnent des vues soit sur la vallée de l’Oise, soit sur celle de la Divelle. Plus lentement ici, plus rapidement là, notre front devenait presque rectiligne, de l’Ouest de Chaulnes, par l’Ouest de Roye, à l’Ouest de Lassigny. A Chaulnes, ou près de Chaulnes, passent deux grandes routes et s’embranchent trois lignes de chemins de fer; de Roye, ne rayonnent pas moins de sept routes dans toutes les directions, et près de Roye passe la ligne de Montdidier à Péronne; Lassigny se trouve au croisement des deux routes de Roye à Compiègne et de Ressons-sur-Matz à Noyon. Ainsi s’explique l’acharnement de l’ennemi à s’y cramponner. Il y défend tout à la fois ses voies vers l’avant et vers l’arrière, ses possibilités d’offensive et de retraite. Mais il est permis de croire que, pour l’instant, il a les regards tournés en arrière et songe plutôt à la retraite. Lassigny est tombé; Roye est encerclé; Chaulnes n’est pas solide. Un mouvement dessiné par nous entre l’Oise et l’Aisne, d’abord à Autruches, puis, sur une longueur de 15 kilomètres, de Carlepont à Fontenoy, était un signe que le champ de nos opérations allait s’étendre encore. Au Sud, il s’est en effet étendu, l’armée Mangin étant rentrée en scène jusqu’à l’Ailette et à l’orée de la forêt de Coucy. Au Nord, les Anglais balaient les avenues de Hazebrouck, ont repris Albert, pointent sur Bapaume, serrent Chaulnes. Peut-être même, de proche en proche, ce champ s’étendra-t-il bien au-delà. Les Flandres, la Champagne, la Lorraine sont, si l’on le veut, des secteurs calmes, mais d’un calme relatif et intermittent, On a dit du maréchal Foch qu’il était le « maître de l’heure. » Il est aussi le maître du lieu. Il se meut librement dans le temps et dans l’espace. Nous n’avons qu’à attendre; les résultats acquis nous rendent la confiance aisée. Comme la bataille de la Marne a dégagé la ligne de Nancy, la bataille du Santerre dégage les deux lignes d’Amiens par Saint-Just-en-Chaussée et par Montdidier. Amiens respire à pleins poumons; les communications avec nos mines du Nord, avec les forces et les bases britanniques, sont assurées ou rétablies à plein rendement. L’accès à la mer est fermé sur la Somme, comme l’accès à Paris est interdit sur l’Oise. Trois chefs-lieux d’arrondissement, des centaines de villages sont délivrés. Les deux abcès de Compiègne et de Soissons sont débridé». Nous ne gagerions pas que les Allemands soient toujours à Noyon. Il n’est pas jusqu’au rugissement théâtral du gros-canon qui, de plusieurs côtés, ne s’éloigne; et c’était pourtant beaucoup de bruit pour rien.