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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/22

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dans sa sentence de 1521 contre l’hérésiarque une partie des condamnations portées par Louvain.

Non moins ferme est la défense de l’ordre chrétien contre les usurpations du pouvoir civil, fût-ce le pouvoir des plus catholiques parmi les princes. Ici, Louvain est unique. Des autres universités les plus inflexibles contre la révolte religieuse des hérétiques avaient été, devant l’omnipotence politique des princes, passives ou complices. Louvain ne laissa jamais envahir le droit chrétien par l’arbitraire des pouvoirs civils, et à Louvain parlait la volonté commune des Flandres. Cette différence entre ces pays et les autres avait été préparée par l’histoire. Les autres races, plus anciennement homogènes, se reconnaissaient dans des chefs nationaux, la plupart s’incarnaient en des dynasties traditionnelles, s’admiraient dans l’éclat puissant ou délicat des cours. Plus cette grandeur imposait, plus chacun se sentait petit devant elle, las de se mesurer avec elle, dissuadé de desservir par de vaines résistances l’œuvre dont il était fier : l’amour autant que la crainte désapprenait de rien refuser à ces pouvoirs qui étaient la sûreté et la parure. Les Pays-Bas ne formaient point une de ces vastes régions qui délient la conquête ; longtemps pris et repris par l’envahisseur étranger, ils avaient eu pour premier sentiment la haine du maître, et c’est contre lui que s’était unie la nation. Les Pays-Bas étaient prospères par l’industrie qui avait multiplié et étendu leurs villes, et dans chaque ville assuré l’influence aux corps de métiers ; la rivalité de ces corps les uns contre les autres, et dans chacun les luttes des ouvriers contre les patrons, livraient ces républiques municipales à des gouvernements de combat et de revanche, qui, dans leur victoire, continuaient la guerre où ils frappaient des coups proches et durs, et qui, précaires comme la violence et l’opinion, rendaient tour à tour odieux à toutes les parties du peuple l’arbitraire du gouvernement. Dans cette fédération de villes à peu près souveraines, la Réforme ne fut pas comme ailleurs tout à fait victorieuse ou tout à fait vaincue : c’est par cités qu’elle obtint un succès balancé par l’échec dans des cités voisines : et comme dans chacune d’elles la majorité, pour établir la communion des croyances qui semblait toujours à tous le premier des biens, persécutait les dissidents, l’abus du pouvoir atteignit partout au plus intime de l’âme les minorités. Il n’y