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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/219

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demandaient qu’une chose, le droit de partir pour aller lutter contre les Allemands. Ils se sont battus contre les troupes bolchevistes, et bien battus, parce que le gouvernement de Lénine et de Trotsky prétendait les retenir de force, mais ils se sont battus par nécessité, et non par haine. Il leur serait pénible d’être à perpétuité mis aux prises avec ces Russes égarés, en qui ils voient des frères malgré tout. Un détail montre bien leur façon de sentir à cet égard : après la bataille d’Irkoutsk, ils ont volontiers consenti à rendre les prisonniers qu’ils avaient capturés, mais les prisonniers d’origine russe ; leur répression n’a été impitoyable que pour les Autrichiens, les Allemands et les Magyars. Cet esprit de solidarité slave, si naturel, ne les a pas empêchés et ne les empêchera pas de faire leur devoir contre les troupes des Soviets ; seulement ils combattront avec bien plus de joie en Champagne ou en Vénétie qu’en Sibérie. Un tel scrupule est trop légitime pour que l’Entente n’en tienne pas compte. De plus, leur campagne de ce printemps les a laissés dans un état de fatigue qui ne se comprend que trop. Songeons aux difficultés que leur ont créées et la distance, et le climat, et les déplorables conditions économiques où toute la Russie se trouve plongée ; ce ne sont ni des secteurs calmes, ni des secteurs confortables, que ceux de Tcheliabinsk, d’Omsk ou de Vladivostok ; ceux qui viennent d’y soutenir une lutte brillante, mais sanglante, ont quelque droit d’être ramenés, nous ne disons pas au repos, — les Tchèques ne veulent pas se reposer, — mais du moins sur un front qui leur agrée davantage, Rappelons-nous aussi que ces gens-là sont, depuis quatre ans, d’une façon ou d’une autre, toujours sur la brèche : d’abord comme soldats involontaires de l’Autriche, puis comme prisonniers, puis comme volontaires au service de la Russie contre l’Autriche, puis comme volontaires au service de l’Entente contre les bolcheviks… Si maintenant ils demandent, en guise de délassement, à être employés directement contre l’Allemagne, trouverons-nous outrecuidante leur aspiration à une « relève » de ce genre ? On le voit, il serait excessif d’astreindre à un rôle particulièrement pénible des gens qui ont si bien mérité de l’Entente, tout comme il serait fâcheux de se priver des services qu’ils peuvent rendre sur le sol russe. Peut-être les deux thèses auxquelles nous avons donné tour à tour la parole ne