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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/218

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à l’Austro-Allemagne de matière corvéable et exploitable. Dans cette intervention, quel rôle assigner aux troupes tchèques ? Deux opinions peuvent exister là-dessus ; nous voudrions en terminant exposer, en toute loyauté, les arguments qui militent pour chacune d’elles, et voir s’il n’y a pas moyen de les concilier.

En parcourant le récit des exploits accomplis par les Tchèques en Sibérie, plus d’un lecteur se sera dit sans doute qu’il était fort tentant de leur confier le soin d’agir au nom et pour le compte de l’Entente, de les constituer comme nos fondés de pouvoir à l’encontre des bolcheviks. Bien des raisons concourent à rendre cette solution très séduisante. D’abord les Tchèques sont déjà rendus sur le terrain : nul besoin, dès lors, de ces opérations lentes, coûteuses et difficiles, qui s’appellent transports ou débarquements. De plus, leur action ne risque pas d’effaroucher les populations russes comme le ferait peut-être celle de telle armée alliée ; on ne peut pas les suspecter d’arrière-pensées annexionnistes : il y a trop loin de Prague à Vladivostok ! Tout au contraire, les Russes se sentent portés vers eux par un sentiment fraternel ; la communauté de langue rend les relations faciles entre soldats et indigènes ; l’attitude des Tchèques leur a valu une popularité de bon aloi, qu’il peut être avantageux d’employer à l’œuvre de salut public décidée par l’Entente. Tous les partis, sauf celui des bolcheviks, recherchent leur appui, sans parler d’autres éléments qui ne sont point négligeables : des contingents dalmates, polonais, ont venus déjà se grouper autour d’eux ; ils peuvent faire le bloc slave et anti-allemand en Russie, comme leurs compatriotes l’ont fait au Reichsrat de Vienne. Voilà bien des avantages qui rendent leur intervention comme mandataires des Alliés tout à fait aisée, simple et efficace.

Mais d’autres motifs combattent ceux que nous venons d’énumérer. Tout d’abord, nous croyons savoir que les Tchèques ne souhaitent pas du tout de rester longtemps encore chargés de cette opération de police contre les bolcheviks, et cela par une raison qui fait le plus grand honneur à la délicatesse de leur conscience nationale. Leur caractère de Slaves, qui, à certains égards, leur a facilité la tâche, la leur fait juger rebutante, sinon odieuse. Leur but, ne l’oublions pas, n’était nullement d’entamer un conflit avec les bolcheviks : ils ne