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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/209

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révolution, dans sa première phase, ou plutôt dans ses deux premières phases, a été favorable au développement de cet organisme politique et militaire. M. Milioukoff était lié personnellement avec M. Masaryk ; tous deux, avec une culture intellectuelle analogue, avaient un sentiment pareillement élevé des destinées du monde slave, un égal amour des principes libéraux et démocratiques. Il devait donc aider énergiquement l’œuvré entamée par le Conseil National. De fait, c’est sous son gouvernement que le recrutement tchéco-slovaque a atteint en Russie sa pleine croissance. L’armée tchèque était alors assez nombreuse pour qu’on pût envisager l’idée d’en détacher un fort contingent, une trentaine de mille hommes, qui viendraient combattre en Occident parmi les soldats anglais, français et italiens : dès le mois d’avril 1917, la question était traitée par M. Masaryk et M. Albert Thomas, avec le parfait consentement du ministère russe. — Kerensky, dans les premiers temps de sa dictature, se montrait plus froid ou plus hésitant : peut-être redoutait-il l’ardeur des Tchéco-SIovaques comme une poussée agressive de nationalisme. Mais cette défiance n’a pas persisté chez lui : l’offensive de l’été de 1917 lui a montré toute la valeur, morale aussi bien que militaire, des troupes tchèques ; il a vu en elles ce qu’il s’efforçait vainement de ressusciter chez ses propres compatriotes, la pure flamme du courage désintéressé, le sacrifice pour la sainte cause du pays et de la liberté. Il est donc devenu, lui aussi, l’ami et l’appui du mouvement tchèque. — Les différents généralissimes de la révolution avaient également pour les Tchèques la plus large sympathie : Alexeieff leur a donné pour commandant un de ses meilleurs chefs d’état-major, le général Dieterichs, qui est encore aujourd’hui à leur tête : Rroussiloff, les ayant vus à la besogne en Volhynie, leur décernait l’éloge vibrant que nous avons cité dans un précédent article, et qui est un de leurs plus beaux titres de gloire ; Korniloff, qui avait été sauvé des prisons autrichiennes par un humble soldat slovaque, savait tout ce que l’on pouvait attendre de ces hommes vaillants et fidèles. — En somme, au milieu de l’année 1917, l’armée tchèque, solidement constituée, accueillie de grand cœur par les chefs politiques et militaires de la libre Russie, encouragée de loin par les autres puissances de l’Entente, pouvait concevoir, — et pouvait nous donner à tous, — les plus belles espérances.