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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/202

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Sur mer, plus encore que sur terre, au coût des transports s’incorporaient des accessoires, taxes multiples, courtages obligatoires, manutentions, assurances, — pour lesquelles on payait 6 pour 100 de Roussillon en Sicile, 10 à 15 pour 100 de Nantes à Cadix. — Le fret pur, lorsqu’on parvient à le dégager, bien que variant comme de nos jours à de courts intervalles, ne parait pas avoir, par son taux élevé, fait grand obstacle aux échanges. Peu offert, il était aussi peu demandé ; mais puisqu’il était malgré tout plus cher qu’aux temps modernes, on doit admettre que les bateaux manquaient aux marchandises plus que les marchandises aux bateaux. Le prix de jadis, l’estimât-on décuple de ce qu’il était avant 1914, s’était beaucoup moins abaissé que ne s’était multiplié le stock des marchandises véhiculées sur mer qui, en 1913, valaient trente fois plus, pesaient quarante fois plus et faisaient cinquante fois plus de chemin qu’en 1800.

Cependant, au point de vue des tonnes, sans tenir compte des kilomètres parcourus, les bateaux ne débarquaient pas dans nos ports le quart de ce que déplaçaient, il y a cinq ans, nos chemins de fer à l’intérieur. En fait de circulation, l’Océan est vassal de la terre ferme et le paquebot dépend de la locomotive. Le premier ne peut apporter qu’autant que la seconde emporte sur ses rails.

Il est curieux que les moyens de transport du XIXe siècle aient pu créer aux Etats-Unis la population et la production surdos territoires déserts ; tandis que jadis, en Europe, avant la vapeur et les chemins de fer, la population et la production existantes n’auraient pu créer, avec leur outillage restreint, des transports très intensifs, eussent-elles même nolisé une puissante marine de voiliers correspondant, sur le continent, à une viabilité abondante et bien entretenue : tel n’était pas d’ailleurs le cas de la France, où les grandes routes ne furent-construites que de Louis XV à Napoléon, où les chemins vicinaux ne furent commencés que sous Louis-Philippe.

Les générations futures verront sans doute les communications, un instant paralysées par la guerre actuelle, non seulement reprendre très vite leur cours, mais atteindre d’âge en âge un degré de fréquence, de rapidité et de bon marché dont nos contemporains n’ont pas idée. De nouvelles forces y aideront ; c’est un mouvement auquel on ne peut assigner de