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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/201

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relations avec le dehors étaient si rares que, sauf les peuples immédiatement voisins, tous les étrangers semblaient des barbares ; une ambassade du roi de Pologne vient-elle à Paris sous Mazarin, c’est une curiosité que d’aller « voir manger les Polonais, » qui, trouve-t-on, « mangent le plus salement du monde. » La ville de Bâle envoie à Louis XIV ne députation qui s’arrête vingt-quatre heures à Troyes, où ce passage fait événement. A l’auberge, il est permis aux dames d’aller « voir souper les envoyés de Bâle. » Elles y mènent leurs enfants « pour qu’ils se souviennent de ce jour et puissent en parler plus tard. »

Que la découverte de ce que l’on persistait à nommer les « Indes occidentales » ait eu, pendant trois cents ans, si peu de conséquences pour l’Europe, c’est un fait, si l’on y réfléchit, aussi surprenant que l’avait été la découverte même du nouveau continent. Avec l’Amérique, en effet, les relations demeuraient presque nulles. Les Espagnols, qui s’en réservaient l’accès, n’y voyaient qu’une cassette pleine d’or et d’argent qu’ils se figuraient pouvoir ouvrir et fermera leur gré ; tandis que ces métaux précieux filtraient entre leurs mains, trop heureuses de les échanger contre des produits manufacturés par de plus habiles ou de plus laborieux. Leurs galions de Cadix faisaient tout au plus un voyage par an ; ceux qui se rendaient à Buenos-Aires mettaient deux ans à revenir. De même les Portugais accaparaient le commerce du Brésil. Et nous-mêmes, sous Louis XV, nous ne permettions pas à nos vaisseaux de prendre du fret étranger pour nos colonies américaines ; de sorte que, faute de marchandises françaises, ils partaient souvent à vide.

Jamais, disait le duc d’Arschot, les Espagnols ne consentiront à accorder aux Hollandais la liberté du commerce avec le Sud-Amérique ; ils savent que ceux-ci « attireraient à eux tout le négoce, pouvant faire pour cent écus ce que les Espagnols ne sauraient faire pour deux cents. » La Compagnie hollandaise finit par forcer la porte, et c’était à Amsterdam que nous allions acheter, dans les dernières années de l’ancien régime, les marchandises des « Indes Occidentales. » Avec les Etats-Unis, au temps de la guerre de l’Indépendance, il n’existait d’autre communication régulière qu’un service de 8 paquebots de 400 à 500 tonneaux, partant alternativement une fois par mois du Havre et de Bordeaux.