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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/198

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le troisième une couple de chemises enveloppées dans un mouchoir et se mettent à deux pour un « portemanteau » qui ne pèse pas vingt kilos. Chacun, arrivé à l’auberge, demande une demi-couronne, — 7 francs, — pour sa peine, entourant tous la maison comme une bande de chiens affamés et poussant des cris horribles.

Puis c’est le patron du bateau qui vient se recommander à lui ; « ses gages sont bien faibles, » le « pauvre maître espère que les passagers se souviendront de lui, qui ne peut compter que sur leur générosité. » Smollet lui fait remarquer qu’avec seize passagers il n’avait que huit lits dans la cabine, de sorte qu’en cas de mauvais temps la moitié aurait dû coucher sur le plancher. Le tarif, d’une guinée par tête sous Louis XVI, était resté le même sous le Consulat et, bien que la nourriture fût comprise, les conditions du voyage n’avaient guère progressé : car un autre Anglais nous confie, en 1802, qu’il croit devoir se munir de provisions, de crainte que la cuisine du bord ne soit plus sale encore que celle des auberges du continent.


VI

Chacun sait que la plus grande partie, — 80 pour 100 peut-être, — du trafic international s’effectue par mer. L’Océan rapproche les peuples plus qu’il ne les sépare ; s’il était solidifié et traversé par un chemin de fer, les prix augmenteraient et par suite beaucoup d’échanges deviendraient impossibles : une tonne de blé n’aurait pu aller pour 20 francs avant la guerre de New-York à Liverpool. Le fret maritime en effet descendait, il y a cinq ans, à un demi-centime les mille kilos par kilomètre et même au-dessous dans certains cas et sur certaines routes.

Mais le développement de la navigation était de fraîche date : le tonnage des navires entrant en France, qui atteignait 52 millions en 1913, n’était en 1869 que de 11 millions. Si l’on remonte, non plus à cinquante ans, mais à quelques siècles en arrière, on est confondu de la médiocrité des chiffres qui révèlent l’absence de circulation. A Marseille, où entraient en 1911 5 000 navires venant de l’étranger, une statistique de 1633, faite par les officiers de l’amirauté, nous apprend qu’il en venait alors 434 par an, dont 15 d’Alexandrie et du