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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/183

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Les transports qui, pour les voyageurs et les lettres, devinrent, aux XVIIe et XVIIIe siècles, l’objet de monopoles assez jaloux, demeurèrent libres pour les marchandises. La loi seule de l’offre et de la demande régla, depuis le moyen âge jusqu’à la fin de la monarchie, le voiturage des marchandises, la « petite vitesse » du moins, c’est-à-dire le gros charroi. Pour les colis légers, portés au trot, — allure correspondant à la « grande vitesse » actuelle, — leur trafic était, depuis-Louis XIV, réservé aux Messageries Royales ; celles-ci obtenaient fréquemment condamnation a dommages-intérêts (de 20 à 70 francs) des routiers qui s’étaient illégalement chargés de paquets inférieurs à 25 kilos, ou en avaient indûment groupé plusieurs pour atteindre ce poids.

La taxe officielle appliquée par les diligences à ce que nous nommons les « colis postaux, » était graduée suivant la distance : de 50 centimes, chiffre minimum pour 5 kilos expédiés à 40 kilomètres, elle s’élevait par 20 kilomètres de 25 centimes ; de sorte qu’à destination de Lyon ou de Bordeaux, 5 et 10 kilos, au lieu de 80 centimes et 1 fr. 25 en 1913, payaient sous Louis XVI 7 fr. 50 et 15 francs. Ce tarif de la fin de l’ancien régime, avec son supplément de 50 centimes pour livraison à domicile, était cependant inférieur d’un tiers à celui des premiers coches publics au temps de Louis XIII.

Il eût paru bien bon marché aux gens des XIVe et XVe siècles, où les petits colis payaient proportionnellement le plus cher, grevés qu’ils étaient des frais d’une voiture souvent aux trois quarts vide. Il en coûtait 10 francs pour le port d’une robe de Paris à Compiègne (1302), 96 francs pour celui d’une grande cage de perroquets de Montargis à Paris, 128 francs pour quelques poissons de Paris en Franche-Comté et 72 francs pour un baril de lamproies de Paris à Arras (1405). Au XVIe siècle le port d’une épinette de quelques kilos, — cet embryon des pianos futurs, — était payé 84 francs de Tours à Cognac ; celui de deux « harnais d’armes, » — armures complètes, — 108 fr. de Besançon à Bruxelles (1501) ; celui de six gerfauts, de Bruxelles à Prague, 166 francs (1595).

Ces prix et beaucoup d’autres du même genre ne sont pas, à proprement parler, la rémunération effective d’un « transport » de marchandises, mais la dépense de voyage d’un