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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/179

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un poids total de un milliard 400 millions de tonnes kilométriques.

Qu’est-ce que cela, comparé aux 24 milliards de tonnes de marchandises ? Les chemins de fer transportaient donc au poids dix-sept fois plus de marchandises que de voyageurs. La tonne de voyageurs (à 75 kilos par tête) payait 46 centimes par kilomètre ; mais la tonne de marchandises, en petite vitesse, payait dix fois moins, — quatre centimes et quart ; 7 — ce qui de nos jours permettait aux objets vulgaires et de peu de prix d’aller très loin, et ce qui explique aussi combien cela leur était autrefois impossible.

Notez, et c’est un point capital, que dans le prix perçu par le chemin de fer est compris l’entretien de la voie, dont l’ancien roulage n’avait pas à tenir compte. Or, comment eût-on pu entretenir une route telle que celle de Paris à Lyon ou à Calais, sur laquelle eussent passé chaque jour des millions de kilos ? Répartie sur nos 40 000 kilomètres de chemins de fer, la charge annuellement transportée en 1913 ressortait en moyenne, par kilomètre et par jour, à 2 000 tonnes, sans compter le poids des véhicules ; quelle route pourrait, en temps normal, supporter le passage quotidien de 1 000 charrettes portant chacune 2 000 kilos ?

Il peut sembler extraordinaire et même invraisemblable que, pareil à M. Jourdain qui faisait de la prose sans le savoir, chaque Français, avant la guerre, déplaçât inconsciemment, envoyât ou apportât chaque année, d’une distance moyenne de 200 kilomètres, 6 500 kilos par terre ou par eau. Cependant, si l’on regardait vivre, je ne dis pas les riches ou les bourgeois, producteurs et consommateurs d’importance, mais le plus simple paysan dans son village, on ne s’étonnera plus que, pour faire vivre comme elle vivait en 1914 la famille qui occupait cette maisonnette, il fallût mouvoir et véhiculer un pareil poids.

Presque tout ce qu’elle consommait venait de loin et les choses mêmes qu’elle produisait sur place, comme les grains ou le bois, pour qu’elles n’enchérissent pas à l’excès, pour que le pain blanc de sa table et la bûche de son foyer ne devinssent pas, en se faisant rares, des objets de luxe qui lui eussent échappé, devaient être multipliées par des apports lointains, dans l’intérêt de cette famille paysanne. Il fallait que le froment du