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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/173

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couchés dans l’eau, sans pouvoir bouger. Quiconque levait la tête recevait un coup de crosse sur le crâne.

Jules Tristot est mort en cours de route.

François Michel est mort peu après d’une méningite due aux coups qu’il avait reçus.

François Paulin est complètement paralysé des jambes par suite des mauvais traitements subis.

Le voyage de ces malheureux à Faulquemont et leur transport par chemin de fer à Deux-Ponts, où ils furent ensuite internés, présentèrent les mêmes agréments.

Entre temps, les femmes, les jeunes filles et les enfants étaient chassés comme des bêtes, à travers les vignes, et les soldats poussèrent leur impudeur jusqu’à leur arracher les vêtements du corps et les laisser complètement nus. Ces agissements barbares se poursuivirent jusqu’au lendemain, matin. D’autres s’amusaient à incendier avec des torches les maisons qui avaient été épargnées par les obus.

Voici, d’autre part, quelques détails supplémentaires donnés par un homme du 132e régiment d’infanterie : « La volaille et les bestiaux qui se trouvaient sur les routes furent tués à coups de feu par des soldats, et cette fusillade mit leurs camarades en rage : ils croyaient que les habitants avaient tiré par les fenêtres. Un jeune géomètre s’offrit comme guide aux Allemands dans leurs perquisitions domiciliaires. On ne tint pas compte de cette offre, et l’on incendia plusieurs maisons. Des bottes de paille et de bois furent amoncelées dans l’église qui devait également être livrée aux flammes. On a retrouvé plus tard, dans la cave du maire, le cadavre carbonisé de son père. Il était presque impossible de sauver quoi que ce fût. De nombreuses bêtes à cornes et chevaux périrent dans les flammes. Dans la maison Guerber, 14 têtes de gros bétail, tous les porcs, toute la volaille, le mobilier, les réserves de foin, de blé et de froment furent brûlés. Les chevaux de trait furent emmenés par les soldats et les poulains lâchés en plein champ. »

Dans une maison isolée, aux Quatre Chemins, M. Christophe Bauquel, un vétéran de Crimée, et sa femme furent grièvement blessés par des projectiles et moururent quelques jours après. Un jeune garçon qui, voulant se cacher, s’enfuyait par les champs non encore moissonnés, fut tué par une balle ; dans leur frayeur, les habitants se réfugièrent dans les caves, y