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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/16

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l’attrait d’entendre les voix illustres ; ils vont d’une Université à l’autre recueillir les particularités des génies nationaux au service de la société chrétienne ; le séjour de ces hôtes extérieurs est prévu, leurs demeures préparées d’avance comme un complément naturel des cités où se distribue la richesse qui n’est le monopole de personne, et ils peuvent, grâce à la similitude des méthodes et à l’ordre identique où les travaux se succèdent partout, poursuivre dans ces voyages leurs habitudes scolaires, et, dans le monde qu’ils apprennent à connaître, trouver partout leur chez soi. Il y a une patrie du savoir. Les races s’y rencontrent et s’y pénètrent, s’y mêlent, s’y apaisent. Cette langue qui leur est commune leur fait une première union. Ces maîtres dont l’autorité étend sa plénitude hors leur pays, ces auditoires, où les étrangers forment toujours une part de l’assemblée, sont les moins prêts à répandre et à accueillir les doctrines de préférence exclusive, méprisante, haineuse, que l’orgueil de race crée si aisément dans la solitude, et qui par la solitude prépare la discorde. Prévenir la discorde fut la sollicitude maîtresse et l’art génial de l’Eglise. Pour éviter la mésintelligence entre les sciences, elle ne les laisse par sortir les unes contre les autres de leur domaine ; pour éviter la mésintelligence entre les pays, elle les assemble. La célébrité des uns au lieu d’exciter la jalousie des autres comme un bien qu’ils se volent, les rend fiers d’une richesse qu’ils se communiquent, et nulle nation ne se sent amoindrie par la prépondérance d’Universités étrangères, parce qu’elles accroissent un trésor commun.

Jusqu’au XVe siècle, les Pays-Bas ne sentirent pas le besoin de posséder sur leur territoire cet enseignement. Leurs élèves allaient où les attirait la réputation des chaires : elles étaient à la fois proches et célèbres à Cologne et surtout à Paris, et c’est là que le gros des étudiants recevait le savoir, et que l’élite des maîtres flamands le donnait. Dans les Pays-Bas d’ailleurs la nationalité se dégageait lentement. Fixée par César dans l’éloge immortel où il appelle les Belges les plus courageux des Gaulois, elle avait été ensuite submergée par les invasions des Francs et des Germains. Les trois races formèrent de leurs multitudes associées l’Empire de Charlemagne, mais il fallait une trop forte main pour tenir jointes ces forces centrifuges. Dès 843, le traité de Verdun séparait la France de l’Allemagne et,