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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/142

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davantage ceux qui ne le regardent pas en face, alors qu’il ne fait pas sourciller ceux qui le bravent tous les jours pour le salut commun ?

Mais franchissons le temps qui nous reste à vivre dans l’attente et dans la fièvre. Anticipons sur le dénouement. Voici la paix signée, la paix de la justice satisfaite et du droit victorieux. Que faudra-t-il faire pour en assurer la conservation ? Le problème de la sécurité du monde ne peut être résolu par des engagements, si solennels soient-ils et imprimés sur parchemin. Quelles précautions prendra-on pour rendre ce traité plus inviolable que les autres, posséder une paix permanente, changer un mot sonore en une durable réalité ?

Abandonner une pareille tâche au futur Congrès et s’en remettre aveuglément à lui du soin de consolider l’avenir, ce serait faire trop confiance aux négociateurs qui auront pour mission de clore l’état de guerre et de résoudre la multitude de contestations qu’il a engendrée. Sans doute déclineraient-ils eux-mêmes une si lourde responsabilité. Le champ des discussions sera si ardu et si vaste qu’ils s’effraieraient d’y voir introduire par surcroit la question des garanties d’une paix indestructible.

Je ne veux pas dire par-là que ces plénipotentiaires ne devront pas puiser dans l’arsenal des moyens coercitifs, militaires, politiques, et par-dessus tout économiques, dont disposeront les Alliés, des sanctions efficaces pour assurer l’exécution intégrale du traité de paix. Nous autres Belges, en particulier, nous attendons d’eux qu’ils sachent brider les convoitises de l’Allemagne et rejeter le germanisme hors de nos frontières, après lui avoir fait payer tous ses dégâts. Mais ces moyens n’auront qu’un temps ; leur application ne sera pas illimitée, et c’est l’avenir, je le répète, qu’il s’agit de sauvegarder. La sécurité de la Belgique ne peut être séparée de celle des autres États, sur lesquels planerait la menace, plus ou moins éloignée, d’une revanche allemande. Elle dépendra toujours du maintien de la paix générale.

La solution du problème est toute trouvée, me dit-on ; c’est l’organisation d’une Société des Nations.

Telle qu’on se l’imagine sous une forme concrète, à travers la brume des conceptions idéalistes, qu’échafaudent des hommes d’État et des écrivains, elle prendrait la figure d’une