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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/137

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un petit flocon de fumée passant dans la campagne, loin, vite, entraînant vers les grandes villes des cohues entassées. Pauvres hôtelleries de France, si plantureuses et si accueillantes !

Le monde où vous viviez s’est arrangé sans vous…

et si vous n’avez plus sur vos dressoirs que des litres d’alcools meurtriers destinés aux assoiffés de passage, c’est que vous ont abandonnées ceux qui dégustaient vos bons vins et pour qui rôtissaient vos poulardes.


Comment conclure ces songeries sans cohésion à travers des aspects d’autrefois, sans prétention non plus à l’apologie, sans velléité de dénigrement ? Ou, pour dire mieux, pourquoi conclure ? Un sage enseignait que « la meilleure preuve de respect qu’on puisse donner à l’intelligence du lecteur est de lui laisser quelque chose à imaginer. » Ce lecteur ne supposera point, j’en ai confiance, qu’on préconise ici le retour aux coucous ni aux carabas, ni qu’on a entrepris une croisade aussi téméraire qu’intempestive contre les modernes moyens de locomotion. J’espère aussi qu’un vague regret naîtra en son esprit à l’évocation des âges reculés, où l’on voyageait libre de contraintes sur la route de son choix, à l’heure qui plaisait, s’arrêtant à sa guise et flânant suivant son caprice. Je souhaite qu’il n’infère pas de ces esquisses incomplètes que rien n’est bien à l’époque actuelle ; mais je désirerais qu’il reconnût que tout n’était point mal au temps de nos pères. Ceux-ci chérissaient la France un peu moins que nous peut-être, car elle ne leur procurait que des joies tranquilles et des émotions sans secousses, et notre amour s’est singulièrement accru de toutes les convulsions dont elle a souffert, de tous les périls dont elle a triomphé depuis plus d’un siècle : ils jouissaient d’elle plus que nous pourtant, parce qu’ils la connaissaient mieux et savaient prendre le temps et se donner la joie de découvrir en elle des charmes qui nous sont ignorés.

Le jour ne viendra-t-il point où nous aurons le loisir de les imiter en cela ? Après la victoire, notre pays dont les plaies longtemps saignantes attireront, des points les plus lointains de la terre civilisée, les pèlerins désireux de rendre hommage à cette France dont le nom est, depuis quatre ans, sur les lèvres et au