Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 45.djvu/835

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

jours, et je vous demande 500 francs pour demain. — Je n’ai pas dit un mot de cela. — Ah ! vous n’êtes donc pas sourd ? Eh ! bien donnez-moi 500 francs, 500 francs, 500 francs. — Je n’entends pas.

« Mon cher ami, si vous êtes sourd, du moins vous savez lire, je le présume, quoiqu’on ne s’en douterait guère à la qualité des articles de la Revue que vous corrigez.

« ex ours George Sand, etc.

« Et Lherminier.

« Voilà six lettres que je vous écris, mais il paraît que vous êtes sourd par les yeux, maladie étrange et qui jusqu’à ce jour n’a pas été décrite.

« (500 francs, George 500 francs). »

13 décembre 1836[1].


Cependant George n’est pas toujours aussi joyeuse dans ses lettres à son directeur : le ton est fréquemment dure, agressif même. Certes, ces changements d’humeur sont souvent dus à l’entourage, aux influences aussi, aux contrariétés de la vie quotidienne. Michel de Bourges avait déjà commencé depuis quelque temps à se rendre insupportable, et depuis quelque temps, George commence à en avoir assez ; c’est alors qu’elle écrit à la comtesse d’Agoult : « J’ai des grands hommes plein le dos (car pour elle, Michel est un grand homme, Simon, un homme de la nature, une belle âme, etc.), qu’on les taille en marbre, qu’on les coule en bronze, et qu’on n’en parle plus. Tant qu’ils vivent, ils sont méchants, persécutants, fantasques, despotiques, amers, soupçonneux, etc.[2]. » Elle s’intéresse à Charles Didier, à cette heure ; elle le veut collaborateur à la Revue. F. Buloz note en décembre 1836 : « Il faut prendre Didier comme rédacteur et lui avancer de l’argent ou sinon… » et G. Sand écrit fort en colère :

« C’est moi, mon cher Buloz, qui vous ai recommandé Ch. Didier, et qui l’ai fait pour ainsi dire rentrer dans la sublime revue où M. de Carné fait de la si belle et si profonde politique, à preuve que personne ne coupe les feuilles au bout desquelles on lit son nom. Je croyais Ch. Didier très capable de faire de meilleurs articles, et je crois que le public est de

  1. Collection S. de Lovenjoul.
  2. Juillet 1836, Correspondance.