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terrain tout gris, mais qu’après la bataille, ce gris de l’uniforme impérial était étendu par longues et larges taches, souvent par véritables tas, au milieu des verdures naissantes, et ne recouvrait plus que des cadavres. C’est la compensation, et, puisque l’expression se purifie par la pensée qui la dicte et se sanctifie même par l’objet à quoi elle se rapporte, c’est la consolation de ces invasions, de ces irruptions, de ces inondations de peuples, qu’on peut taUler, couper et faucher dedans comme dans un blé, et que les hommes y sont comme des brins d’herbe. Plus il en pousse, plus il en tombe; plus il envient, plus il en reste. Il suffit que la lame passe au bon endroit, ail bon moment. La masse des pertes est avec la masse des forces en proportion géométrique.

’ Quoi qu’il en soit, la marée allemande est à présent étale, et nos renforts montent, ne cessent de monter. Toutes les fentes, toutes les fissures ont été bouchées : en termes techniques, « c’est colmaté. » Le 3 avril, nous le répétons, et déjà dès l’après-midi du 2, les chefs ne cachaient pas qu’Us regardaient le rétablissement comme accompU. Au surplus, depuis un jour ou deux, depuis le lundi ou le mardi de Pâques, les communiqués signalaient une accalmie, tout en laissant soupçonner une prochaine reprise. On ne sait pas, c’est-à-dire, nous, spectateurs éloignés, nous ne savons pas ce que vont faire les Allemands, mais ce qu’on sait à merveille, ce que tout le monde sent et comprend, c’est qu’ils vont faire quelque chose. Ils ne peuvent pas, ils ne peuvent plus ne rien faire. .Tusqu’à ce que leur offensive ait été lancée, ils étaient les maîtres de la déchaîner ou de ne point la déchaîner. Mais, dès lors qu’ils l’ont déclenchée, ils ne sont plus les maîtres de la rompre : tout ce qu’ils peuvent, c’est de la suspendre. Ils ont trop dit en Allemagne que cette bataille serait décisive, et que le prix du sanglant sacrifice serait la fin heureuse de la guerre. L’Empereur, qui avait juré que cette guerre n’était pas sa guerre, a réclamé cette bataille pour sa bataille. L’un et l’autre, l’Empire et l’Empereur, ils sont condamnés à la victoire, s’ils peuvent vaincre, et, s’ils ne le peuvent pas, à la paix subie, au lieu de la paix imposée, mais, en toute hypothèse, à la bataille. Ils ont évoqué la fatalité. La fatalité leur a obéi. Désormais, elle leur commande. Ils ont voulu la faire marcher. Il faut qu’Us marchent. Ils iront, n’en doutons pas, de tous les moyens dont ils disposent encore et qui sont encore de puissans moyens. Nous avons dit que Paris, l’accès direct de Paris, est couvert; que la vallée de l’Oise est barrée. Ils n’ont point passé, ils ne passeront point. Mais surveUlons