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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 44.djvu/954

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95^ REVUE DES DEUX MONDES. .

Somme. P’endant les quatre jours où ils s’y sont obstinés, ils ont bien pu, à l’Ouest, entrer dans Montdidier, mais sans pouvoir en soTtii-, tout de suite arrêtés au pied des collines qui bordent la ville ; arrêtés encore, au Sud de Lassigny et de Noyon, dans la vallée de rOise, fermée, au triple verrou de Larbroye, du Mont Renaud et de Carlepont, par l’béroïsme d’un do nos corps d’armée auquel on désirerait rendre du moins ce faible hommage de citer son numéro, mais dont, de toute façon, il sera permis de dire, sous le voile de l’anonyme, qu’il a ajouté à nos fastes militaires une page superbe. Grâce à lui, le nach Paris, où Hindenburg avait, paraît-il, promis à ses aimables compagnons qu’ils seraient le 1° avril, est devenu prophétie fausse, pure fanfaronnade.

Bouclés sur le chemin direct de Paris, contenus du côté d’Amiens, les Allemands ont reporté la fureur teutonique sur la région comprise entre la Somme au Sud et Arras au Nord. C’est leur manière, de jouer tantôt d’une épaule, tantôt de l’autre, comme quelqu’un qui veut fendre une foule. Pour employer une autre image, on pourrait représenter graphiquement cette bataille par une main qm s’ouvre, tenant un éventail qu’elle déploie. D’abord les doigts sont restés joints, les lames sont restées parallèles, tournées vers le même point au Sud-Ouest ; puis, les doigts se sont écartés ; une des lames a pointé au Nord-Ouest, une deuxième à l’Ouest, la troisième restant toujours au Sud-Ouest, et l’éventail déployé a couvert un plus grand espace; mais la main, en s’ouvrant, a perdu de sa force, a cessé d’être un poing. L’attaque allemande, brisée par nous, a achevé de se fractionner, de se disperser elle-même. Ainsi, si ce n’était abuser de métaphores trop décousues, un flot qui rejaillit, quand il a touché le roc, et finit en écume. Un autre flot reviendra, mais il lui faut le temps de se former, de s’enfler et de revenir. L’offensive allemande se répétera, mais il lui faut le temps de se rassembler. Lorsqu’ils se sont rejetés vers Arras, les Allemands sentaient déjà de l’essoufflement. Ils n’étaient déjà plus aussi contens d’eux. Pour nous, la menace est allée s’atténuant. Grave le 22 mars, très sérieuse le 24., elle l’a été jusqu’au 27 ou 28, elle est demeurée sérieuse jusqu’au 30; de bons juges, qui ont été à portée de bien voir, disent en propres termes : jusqu’au samedi saint, 30 mars, dans l’après-midi. Elle l’est sans doute encore ; mais, au 3 avril, nous nous croyons autorisés à écrire que le pire est derrière nous, et que, en langage d’expert, « le rétabhssement est fait. » Pour parler avec plus de détail de la « bataDle de France, » —