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qu'il va prononcer pour les camarades et successeurs de celui-ci, pour l'arme'e, pour la France. Sa voix retentit contre le vent qui tantôt la porte et tantôt la brise. Il a l'habitude du commandement, il veut imposer aux élémens mêmes son autorité. Et voici ce qui fut dit ce matin-là, presque sur l'emplacement qui fut pour Guynemer le dernier contact avec la terre de France, qui fut témoin de son dernier vol, de son dernier acte de soumission au service du pays :


« Si je vous ai conviés à rendre aujourd'hui à Guynemer le dernier hommage que lui doit la Ire armée, ce n'est ni devant un cercueil ni auprès d'une tombe.

« Aussi bien, dans Poelcappelle reconquise, aucun vestige de ses restes mortels n'a pu être retrouvé comme si le ciel, jaloux de son héros, n'avait pas consenti à restituer à la terre les dépouilles qui de droit reviennent à celle-ci ; comme si, tout entier, Guynemer s'était envolé vers l'empyrée, par une miraculeuse assomption disparu dans la gloire.

« En nous réunissant sur le terrain même d'où il s'est élancé vers l'infini, nous passons par-dessus les rites habituels de tristesse qui couronnent la fin d'une vie d'homme ; et nous entendons saluer l'entrée dans l'immortalité du Chevalier de l'air, sans peur et sans reproche.

« Les hommes passent, la France reste.

« Chacun de ceux qui tombent pour elle lui lègue un rayon de gloire, et de ces rayons est faite sa splendeur. Heureux qui enrichit le patrimoine commun de la race par un don plus précieux et plus magnifique de soi-même !

« Heureux donc entre tous l'enfant de France dont nous exaltons la destinée presque surhumaine !

« Gloire à lui dans le ciel où il régnait, tant de fois vainqueur ! Gloire à lui sur la terre, et dans nos cœurs de soldats, et dans ces drapeaux, dans ces emblèmes sacrés où se confondent pour nous le culte de l'honneur et la religion de la patrie !

« Drapeaux du 2e groupe d'aéronautique et de la Ie armée,

« Vous qui recueillez pieusement, dans le mystère de vos plis vénérés, la mémoire des vertus, des dévouemens et des sacrifices, pour former et garder à travers les temps les trésors de nos traditions nationales ! « Drapeaux, vous en qui survit l'àme des héros morts, dont