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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 44.djvu/867

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sance était en grande partie l’œuvre des Orsini et des autres Confédérés; il n’avait peut-être pas fait pour eux tout ce qu’il aurait dû, mais, d’autre part, pourquoi le combattre ? On aurait fort à faire si l’on prétendait venir à bout de lui… Les troupes du roi de France arrivaient ; il allait reprendre l’avantage des armes. Le mieux serait donc de reconnaître leurs torts mutuels et de se réconcilier… Les Orsini seraient comblés de biens et d’honneurs. Alexandre VI promettait tout ce qu’on voulait. Pagolo fut gagné par César à Imola, tandis que le cardinal Orsini, à Rome, l’était par le Pape. Ils retournèrent à la Magione pour endoctriner les autres Confédérés, apportant des promesses à tous : aux Vitelli, aux Baglioni, à Liverotto da Fermo. Même Pandolfo Petrucci, le plus défiant de tous, envoyait Venafro à Imola, pour esquisser une réconciliation avec les Borgia.

Seul, Guidobaldo ne recevait pas d’avances de César, puisque c’était son duché, précisément, qui se trouvait l’enjeu de toutes ces tractations. Aussi, à peine restauré dans ses États, voyait-il avec mélancolie ses alliés se détacher, un à un, de lui. À la vérité, Vitellozzo et les autres Vitelli lui restaient fidèles. Mais suffiraient-ils à combler le vide laissé par les Orsini ? Les gens riches d’Urbino, ne prévoyant que trop aisément ce qui allait advenir, commençaient à déménager leurs objets précieux et allaient les enterrer au loin. Le peuple s’en aperçut fort bien, et il s’ensuivit une panique. Guido, ayant eu, là-dessus, un long entretien avec Vitellozzo et l’ayant trouvé fort hésitant, comprit qu’il ne devait plus compter que sur lui-même et son peuple. Il réunit les notables de la ville et les députés de tout l’État et leur exposa franchement la situation. On allait rester seuls en face des Borgia et de la France coalisés… Fallait-il résister ? La réponse des députés fut : « Oui, jusqu’à la mort ! » et, le 19 novembre, les dames d’Urbino, notamment de la Valbona, ayant appris cette résolution, vinrent en foule, au palais, féliciter le Duc, affirmer leur foi en la victoire et jeter à ses pieds leurs bijoux, perles, anneaux, objets d’or et d’argent, pour aider aux frais de la guerre.

Les soldats étaient tout aussi affirmatifs. L’affaire de Cahnazzo leur avait inspiré un profond mépris pour les gens des Borgia. Bien que réduits à Ottaviano Fregoso, à Jean de Rossetto et deux autres commandans et à 400 fantassins, ils assurèrent