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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 44.djvu/864

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envoyaient aux Urbinates commençaient à poindre. Le 11, les lances de Vitellozzo parurent à Castel-Durante, avec 400 fantassins arrivant de Città di Castello. Le 12, 5 000 hommes amenés par Pagolo Orsini et par le frère de Vitellozzo arrivaient à Cagli. En même temps, les gens de Gubbio, soulevés, envoyaient cavaliers et fantassins sous la conduite de Gentile Ubaldini.

Les Feltriens, se sentant soutenus, marchèrent de l’avant sur les troupes pontificales. Micheletto, ainsi pressé, se mit alors à reculer et refusa le combat jusqu’à Calmazzo, près de Fossombrone. Là, il fit tête. Mal lui en prit. Ses soldats, admirables dans le massacre et la bamboche, ne tinrent pas devant une troupe armée. Quoique supérieurs en nombre, car ils ne comptaient pas moins de mille hommes d’armes et de deux cents chevau-légers, ils furent entièrement défaits « sans que l’on vît mettre une seule lance en arrêt. » Quatre cents morts, dont Bartolommeo de Capranica, beaucoup de pri.sonniers dont Ugo de Moncade, un bagage qui ne fut pas estimé à moins de 3 000 ducats, tel fut le bilan de cette journée, qui se termina par des chants de joie, une illumination aux flambeaux et détermina le sort de tout le duché. Micheletto put se sauver avec quelques troupes et se réfugier à Fano, mais non résister davantage aux Feltriens. Castel-Durante et Sant'Angelo in Vado envoyèrent leurs hommes jusqu’à Tavoleto, qu’ils prirent.

Les jours suivans, les troupes des Confédérés, peu à peu renforcées jusqu’à compter douze mille hommes, emportèrent les citadelles de Pergola et de Fossombrone, et se répandirent jusque dans les territoires de Fano, Pesaro, Rimini. Il restait encore un survivant de la tribu des Varano, Giovanni Maria, car les familles étaient en ce temps-là si nombreuses que les vendettas ne s’éteignaient pas aisément : il combattait dans l’armée de Guidobaldo et trouva le moyen d’entrer avec quelques hommes dans un des châteaux forts de sa famille et d’y soulever les habitans contre Borgia. Tout l’État de Camerino suivit. En peu de temps, de ses récentes conquêtes, sauf Sant'Agata, l’armée pontificale avait tout perdu.

Pendant ce temps, que faisait César ? César négociait. II s’était enfermé dans Imola, c’est-à-dire le plus loin possible du lieu où l’on se battait, et il causait avec Machiavel. Ce subtil partenaire lui était envoyé par Florence pour lui révéler ce