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révolution gagna, de village en village, de château en château, en un jour ou deux. La chute de San Leo fut connue à Urbino le 8 octobre, qui était jour de marché, apportée par les paysans des campagnes environnantes et la ville se souleva, de suite, au même cri libérateur. Le gouverneur se rappelant alors, mais un peu tardi, qu’il avait imprudemment laissé hors du château les pièces de canon destinées, l’été précédent, à l’expédition de Camerino, voulut les reprendre. La foule s’y opposa : les soldats, trop peu nombreux pour la contenir, battirent en retraite vers le château. Alors le gouverneur ne songea plus qu’à sauver la caisse. Quinze mules chargées de trésors purent s’échapper et aller jusqu’à Forli. Le lendemain, le château était emporté. Il n’avait coûté aux partisans de Guido que quatre hommes. L’émeute triomphait donc. Au début, une partie des révoltés tendait à la République plutôt qu’à l’ancien duc. Mais rapidement ils se rallièrent àl’ensemble des Urbinates. En trois jours, le duché tout entier était revenu à Guidobaldo.

Aux premiers bruits de la révolte, la Seigneurie de Venise se trouva prise au dépourvu. Les cris de « Saint-Marc ! » qui avaient retenti dès la première heure, semblaient l’impliquer dans une affaire où elle n’était point, et ne se souciait point d’être. Sans doute, une bonne révolution qui arracherait la Romagne à l’Église et la mettrait sous les griffes du lion de Saint-Marc n’était pas pour lui déplaire. Mais il fallait qu’elle réussit. Or celle-ci réussirait-elle ? Les Borgia étaient bien forts, le Roi de France était bien près, les temps n’étaient sans doute pas mûrs. Mieux valait s’exposer à désavouer un succès que d’être compromis dans un échec. Elle désavoua. « Je viens d’apprendre, écrit Machiavel, que le gouvernement vénitien, informé de la révolte du fort San Leo, en a instruit sur-le-champ l’évêque de Tivoli, envoyé du Pape, en lui assurant qu’il était très fâché de cette rébellion et des cris de Saint-Marc qui s’y étaient fait entendre. Il lui a protesté que le Sénat n’avait point envie de s’éloigner de la France et du Saint-Siège, ni de retirer son appui du duc de Valentinois ou d’assister le duc Guido, auquel cette déclaration fut signifiée en présence de ce prélat. »

Venise disait, là, exactement le contraire de ce qu’elle pensait, mais le pauvre Guido n’en jouait pas moins un sot personnage. On prête à Louis XVIII ce mot : « Nous n’avons