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le 11 septembre dernier à dix heures, du matin, près du cimetière d'honneur II au sud de Poelcapelle. D'après constatation médicale, la mort était causée par une balle dans la tête ; l'index de la main gauche avait été emporté. Le cadavre même n'a pu être mis à l'abri ni enterré, car depuis le 10 septembre l'endroit où il était tombé se trouvait sous le feu intense de l'artillerie anglaise, et toute approche pendant les jours suivans était impossible. Le service compétent du front communique que les coups de canon avaient bouleversé la campagne, et les aviateurs allemands n'ont pu découvrir le 12 septembre aucune trace du cadavre ni de l'appareil. Les nouvelles démarches entreprises, comme suite à la demande de l'ambassade d'Espagne, en octobre dernier, n'ont pu aboutir à aucun résultat, l'endroit même de la chute se trouvant, depuis le commencement du mois, dans les premières lignes anglaises.

« Les aviateurs allemands regrettent de n'avoir pu rendre les derniers honneurs au vaillant adversaire. Il est à remarquer que les recherches présentaient les plus grandes difficultés, causées par les attaques continues de l'ennemi à Poelcapelle, par le mouvement des troupes, par l'absence des témoins oculaires, morts, blessés ou déplacés. Les troupes engagées continuellement dans des combats acharnés n'ont pu donner plus tôt les renseignemens demandés. »


Ainsi n'est-il plus question de sépulture ni d'honneurs militaires rendus. Guynemer n'a rien accepté de ses ennemis, pas même une croix. La bataille qu'il avait menée tant de fois dans les airs s'est continuée autour de sa dépouille terrestre. À distance, nos canons empêchaient les Allemands d'y toucher. Nul ne peut dire où il est. Nul n'a porté la main sur lui. Il ne repose pas dans la paix. Mort, il s'est échappé. Celui qui était le mouvement et la vie n'a pas accepté de se coucher dans une tombe.

Les cris forcenés de nos ennemis, pareils en furieuse satisfaction à ceux des Grecs saluant la dépouille d'Hector, mais plus méthodiques et moins harmonieux, ne manquèrent pas d'accueillir la chute de Guynemer. Ils attendirent trois semaines pour être poussés. Ce long stage dans un triomphe qui fut, comme on le pouvait prévoir, discourtois et grossier, est lui-même déconcertant. Ce n'est que le 6 octobre que la Woche consacre à Guynemer, sous le titre : L'Aviateur français qui a