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enfant mort, — et, le 7, il arrivait à Milan par la Porta Romana, à cheval, et le roi de France qui se promenait de ce côté-là, comme par hasard, en revenant du palais de Trivulce, le rencontra, flanqué de son beau-frère de Ferrare, Alfonso d’Este. Il lui donna l’accolade et fut avec lui « comme de bons cousins et parens ; » il le conduisit au Castello et le logea dans la chambre la plus proche de la sienne. Mieux encore, Louis XII commanda lui-même le souper du Valentinois et lui rendit visite trois ou quatre fois dans le cours de la soirée, voire en chemise de nuit, au moment de son coucher. Il mit des sénéchaux et des serviteurs à la disposition de cet étrange compère, le pria de porter ses propres chemises et vêtemens, lui disant de ne s’adresser à personne d’autre pour ce dont il pourrait avoir besoin, mais de considérer comme siens la garde-robe du Roi, ses voitures et ses chevaux. Même Louis XII alla jusqu’à lui procurer une litière à son choix. « En somme, disait Niccolo da Correggio qui rapportait tous ces détails à Isabelle d’Este, il ne pourrait faire plus pour un fils ou pour un frère. »

Les Princes venus pour dénoncer le Valentinois et en tirer vengeance demeuraient quinauds. La Cour tout entière béait de stupeur en éprouvant la vérité du mot de César à Machiavel « qu’en ce qui concernait la politique de la France, personne en Italie n’avait rien à lui apprendre. » Et ce fut ainsi pendant tout le séjour de Louis XII à Milan. Lorsque le Roi regagna Gênes, César l’y suivit et ne le quitta que lorsqu’il l’eut mis dans le bateau. Son emprise était complète. Les Princes spoliés regagnèrent piteusement leurs exils respectifs. Le marquis Gonzague, qui avait déclaré vouloir se battre contre César « à l’épée et au poignard et en délivrer l’Italie, » ravala, en grommelant, ses menaces. Le Roi, qui ne voulait pas voir ennemis ses amis, parvint à réconcilier l’eau et le feu. Gonzague fit sa paix avec le traître, — et Guidobaldo s’en revint, à Mantoue, plus dépossédé que jamais.

Il ne l’était pas encore assez au gré de César ! Sa présence si près d’Urbino et de Ferrare, dans une famille alliée à Lucrèce, était un reproche, une protestation contre l’usurpation, un drapeau éventuel pour les soulèvemens possibles des Urbinates ou des Montefeltriens. Il fallait s’en débarrasser. Puisqu’on n’avait pu le faire par l’assassinat, il fallait user de quelque autre moyen. Comment l’amener à renoncer à ses droits sur