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elle lui avait été fournie par Guidobaldo lui-même, non pas comme allié, mais sur une réquisition du Pape !… Il avait envoyé des bœufs pour la conduire et donné des ordres pour que les chemins fussent réparés entre Gubbio, la Serra et Sassoferrato... Mais, au fait, pourquoi César lui avait-il demandé tout cela ? Et pourquoi lui demandait-il encore mille hommes pour les diriger sur la Toscane et aider à la conquête d’Arezzo ? Il n’en avait guère besoin… Quel était donc son objectif ? Camerino, Arezzo, ou bien n’était-ce pas plutôt Urbino ? « Je crains bien d’avoir été joué ! » s’écria Guido en frappant sur la table. Il sauta à cheval et regagna, en toute hâte, son palais.

Là, de nouveaux courriers l’attendaient. L’un d’eux, envoyé par les autorités de Saint-Marin, venait l’avertir qu’on voyait un millier d’hommes de Borgia, c’est-à-dire le reste de sa troupe de Romagne, s’avancer sur Sant’Arcangelo et sur Verrucchio, pour saisir la passe étroite où coule la Marecchia entre les deux rocce de Scorticata et de Verrucchio, à l’entrée de la plaine de Romagne… C’était l’attaque par le Nord… Enfin, du gouverneur de Cagli, c’est à-dire du Sud, parvenait, à l’instant, ce dernier son de cloche : César Borgia, reçu à Cagli en ami, s’y était proclamé seigneur et maître et marchait sur Urbino où il serait le lendemain matin… Il n’y avait plus à en douter : c’était l’invasion : — l’invasion par une armée d’une dizaine de mille hommes au moins, bien entraînée, pourvue de tout ! En l’espace d’une heure, le danger le plus formidable, qui pouvait, à cette époque, menacer un petit prince italien, lui était apparu…

Que faire ? Combattre ?… Pour combattre, il faut des soldats et les soldats manquaient, — le peu d’hommes armés du duché étant dispersés, çà et là, dans les garnisons et les forteresses. En paix avec tous ses voisins, en dehors des conflits internationaux, et notamment de l’» Entreprise de Naples, » neutre par sa position même et son humeur pacifique, l’État d’Urbino n’entretenait pas une armée véritable. Il faut du canon, et une partie de son artillerie était entre les mains de César Borgia, sur l’ordre du Pape. La ville n’était même pas fortifiée. Comment la défendre ?… Les notables, dès la première nouvelle de l’invasion, étaient accourus au Palais et, à la lueur des lampes et des torches, ils délibéraient, La délibération ne fut pas