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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 44.djvu/477

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REVUE. CHROMQUE. 473

ennemis de l’intérieur et les ennemis de l’extérieur, le militarisme allemand par le capitalisme russe : et que ne peut-on faire travailler par surcroit aux tranchées des bataillons de bourgeois, hommes et femmes, de tous les pays alliés ! Encore, lorsque le Soviet fait semblant, le 22, de constituer « un haut conseil de défense, » moins de la nation ou de la patrie, formes abolies, préjugés vieillis, que de la révolution, les ouvriers se préparent-ils au moins à aller surveiller le travail des bourgeois. Au rebours de toute vraisemblance, au mépris de toute pudeur, « les soldats restent hésitans. » De tout ce peuple qui fuit la guerre, ce qui fut l’armée russe est ce qui la fuit le plus. Seuls, les Lettons, même de la garde rouge, s’entêtent à défendre la capitale, invectivent Lénine, somment Trotsky de s’expliquer. Mais déjà Lénine, Trotsky et tout le Soviet des Commissaires du peuple, Sverdloff et tout le comité central exécutif, en toute circonstance plus préoccupés de la révolution que de la patrie, paraissent plus préoccupés de leurs personnes que de la révolution elle-même. Ils sentent que c’est l’heure grave et lourde pour tous les despotismes, que celle où ils ont peur et ils ne font plus peur ; que justement la terreur ne se soutient que tant qu’elle est double, et que rien ne rend féroce comme d’avoir trop tremblé. « Nous avons, gémissent-ils par la voix de Sverdloff, la conviction inébranlable que les ouvriers, soldats et paysans ouvriront leurs rangs pour donner un appui amical aux autorités des Soviets et assurer leur défense contre tout attentat. »

Malgré l’insufflsance des informations, on de^dne que les journées des 22 et 23 février, à Pétrograd, furent agitées par des angoisses qui, le 24, s’exaspérèrent jusqu’au paroxysme. Le 22 au soir, ou le 23 au matin, était arrivée la réponse des Empires par l’entremise du comte Czernin. La Russie avait quarante-huit heures pour accepter les conditions de l’Europe centrale. C’étaient les conditions de Brest-Litovsk renforcées ; mais il est inutile de les rappeler ici, puisque nous les retrouverons, renforcées encore, dans le texte du traité. Toute la journée, toute la nuit du 23, Pétrograd est en ébullition; la panique élargit ses cercles ; c’est le tourbillon, le gouffre, l’abîme. Le Soviet ne prend même pas les quarante-huit heures de réflexion ou de répit qui lui sont accordées. Le dimanche 24, à cinq heures du matin, Lénine et Trotsky télégraphient « qu’il a décidé d’accepter les conditions de paix proposées par le gouvernement allemand et d’envoyer une délégation à Brest-Litovsk. » Afin que cette fois il n’y eût pas d’erreur, et que, de Berlin, on ne pût pas reprocher au Soviet de