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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/961

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nous en détournera que ce ne soit accompli. Toutes les forces et toutes les ressources que nous possédons en hommes, en argent ou en matériel seront consacrées à cette tâche jusqu’à ce qu’elle soit achevée. A ceux qui désirent amener la paix, je conseille de porter leurs avis ailleurs. Nous n’en aurons cure. »

« Gagner la guerre, » c’est à merveille. On veut la victoire. Tout le monde la veut, et la malencontreuse lettre de lord Lansdowne tombe dans le vide ; mais, en conséquence, on doit vouloir les moyens de la victoire. Nous avions espéré que la Conférence interalliée, qui a siégé à Paris durant toute une semaine qu’on nous avait promise décisive, nous aurait dotés enfin du premier et du plus efficace de ces moyens, l’unité du commandement. La fin nous laisse quelque déception. Nous n’avons eu que des mesures éparses, concernant respectivement les finances, l’armement et l’aviation, les importations, les transports maritimes, le ravitaillement, le blocus; et nous n’en nions pas l’intérêt, mais ce n’est pas ce que nous attendions. On nous dit bien que la « création d’un Comité naval suprême interallié a été décidée, » et que, « au point de vue militaire, l’unité d’action a été mise en voie de réalisation certaine par l’état-major interallié qui est au travail d’après un programme établi sur toutes les questions à l’ordre du jour. » Mais encore nous attendions et nous espérions davantage. Une question demeure qui domine « toutes les questions à l’ordre du jour. » On l’a posée en ce raccourci saisissant : « Qui contre Hindenburg ? » Ce qui ne veut pas dire : « Quel autre génie contre ce génie ? » mais tout bonnement : « Quel chef unique contre ce chef unique ? » Assurément, en changeant deux fois notre commandement, en annulant l’axiome pourtant certain que l’homme ne vaut pas seulement ce qu’il vaut, mais ce qu’il vaut plus ce qu’on croit qu’il vaut, et que son mérite se multiplie par sa légende, nous n’avons pas rendu le problème plus facile à résoudre. Pour avoir un contre-Hindenburg, il eût fallu garder quelqu’un qui fût consacré et sacré ; osons le dire, qui fût tabou. Il eût fallu garder, à la romaine, le consul même malheureux ; à plus forte raison, le consul heureux ; et nous pouvons mesurer maintenant toute la gravité et toute la portée de l’erreur commise en ne le gardant pas. D’autres objections plus théoriques, et du domaine constitutionnel ou quasi-constitutionnel, ont été soulevées. Un des alliés aurait fait comprendre que ses traditions interdisaient à ses armées de servir sous un chef étranger. Mais cette nation est la même que la guerre a contrainte à renverser toutes ses traditions, qui lui interdisaient aussi de décréter