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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/946

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demeure inachevé, et auquel quelque jour, on ne puisse ajouter un étage nouveau, qui l’élève plus haut. Ce qui fait l’orgueilleuse et mélancolique beauté de la science, c’est qu’elle est un perpétuel devenir, et que toujours, au diadème qui la couronne, la patiente [recherche du mieux peut ajouter une rangée nouvelle de joyaux.

C’est ce qui est arrivé pour la vaccination antityphique à laquelle les travaux récens de Le Moignic ont ouvert des perspectives imprévues et vastes. C’est de ces travaux, encore trop peu connus et qu’il importe de faire connaître pour le bien général, que je voudrais maintenant tenter une rapide esquisse.

Tous les vaccins antityphiques employés et préparés antérieurement, — et nous avons déjà dit qu’ils sont nombreux, — comportent des cultures des divers bacilles typhiques atténués par des procédés chimiques et physiques variés, et ils ont ceci de commun qu’on les injecte aux hommes à immuniser, en solution aqueuse, soit par la voie intra-veineuse, soit plutôt par la voie sous-cutanée.

L’expérience a montré que, pour procurer une immunisation efficace et durable contre les typhoïdes, il faut injecter au total à chaque homme non moins de deux milliards de chacun des trois bacilles typhiques. C’est ainsi que le sujet doit recevoir, de chacun de ces bacilles, un nombre plus grand qu’il n’y a d’habitans sur cette planétule terraquée. En microbiologie, pas plus qu’en astronomie ou dans la physique atomique, il ne faut s’étonner des grands nombres qu’on trouve, et ceux-ci, bien que n’ayant guère de commune mesure avec ceux qu’on rencontre dans la pratique courante de la vie civile… ou militaire, sont en réalité petits à côté, par exemple, du nombre des phagocytes ou des globules rouges du sang. C’est donc en réalité une dose assez faible de bacilles typhiques atténués qui suffit à la vaccination. Cette dose ne doit pas être tout à fait la même, suivant la nature et la préparation du vaccin employé, et il est clair par exemple qu’il faudra un plus grand nombre de bacilles chauffés à 60° que de bacilles chauffés à 53°. Mais au total la dose que j’ai signalée indique un ordre de grandeur exact. Si on la diminue, l’immunité conférée n’est ni su fusante, ni durable ; si on l’augmente, l’immunisation est plus efficace, mais les accidens toxiques produits par les injections sont plus graves. La dose indiquée ci-dessus correspond donc à une immunisation suffisante, mais n’entraînant pas d’effets trop dangereux. Tout ici-bas, et non moins en thérapeutique qu’ailleurs, n’est que cotes mal taillées et équilibrés instables entre des influences et des forces antagonistes.