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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/888

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— Croyez-vous, cousine, ce que l’on dit de cette jeunesse ? demanda Soldet en montrant Ursule Mirouet.

— Elle pourrait bien écorner la succession ; en tout cas, elle aurait gagné son argent, car le bonhomme n’est pas un Adonis.

Ce méchant propos aurait certes blessé l’âme d’un de ces jeunes gens que les romanciers ne mettent pas en scène sans leur donner une provision de beaux sentimens ; mais il fit sourire Augustin Soldet, car il pensa qu’Ursule Mirouet serait alors un bon parti.

— Adieu, cousine, dit-il.

Il vint pour saluer la jeune fille ; mais en ce moment même le bonhomme Boirouge avait fini ses recommandations à son vigneron, et prenait la Grande-Rue pour descendre chez lui, car la Grande-Rue de Sancerre est une rue en pente qui mène au point le plus élevé de la ville, à une espèce de mail, situé à la Porte-César, que domine cette fameuse tour aperçue par le » voyageurs à six lieues à la ronde, la seule qui reste des sept tours du château de Sancerre, dont les débris appartiennent à M. Roy.

Soldet regarda la jupe plissée que portait Ursule, et se plut à deviner la rotondité des formes qu’elle cachait, leur fermeté virginale, en pensant que la femme et la dot étaient deux bonnes affaires qui ne lui échapperaient point. En effet, en passant devant la fenêtre de la salle où se tenait Ursule, il n’avait jamais manqué de s’arrêter et de faire avec elle un petit bout de conversation, en la nommant sa cousine.


II. URSULE MIROUET

Jamais nom ne peignit mieux la personne à laquelle il appartenait : Ursule Mirouet ne réveille-t-il pas dans l’esprit une …………….

H. DE BALZAC.