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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/872

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SIMILITUDE


Nous sommes surpris tous les deux
D’être nous deux, et d’être ensemble ;
Nous devinons que nos yeux tremblent,
Errant sur le calme des cieux,
Et nous croyons, dans la faiblesse
De notre bonheur ample et coi,
Que ce beau ciel aussi nous voit,
Et que sa suave tristesse
Avec compassion s’abaisse
Sur vous qui songez près de moi.
— Ce serait un sublime échange
De tout secret essentiel
Si la musique, comme un ciel
Qui soudain délivre ses anges,
Jaillissait de nous tout à coup,
De mes talons jusqu’à mon cou,
Épandait son langage étrange,
Ce saint langage sensuel
Que seule donne la musique,
Et notre ardeur serait unique,
O mon amour, ma passion,
Si dans nos rêves sans remède
Nous sentions venir à notre aide
Cette ineffable explosion !…


LES ESPACES INFINIS


« Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie. »
PASCAL.


Je reviens d’un séjour effrayant ; n’y vas pas !
Que jamais ta pensée, anxieuse, intrépide,
N’aille scruter le bleu du ciel, distrait et vide,
Et presser l’infini d’un douloureux compas !

Ne tends jamais l’oreille aux musiques des sphères,
N’arrête pas tes yeux sur ces coursiers brûlans :
Rien n’est pour les humains dans la haute atmosphère,
Crois-en mon noir vertige et mon corps pantelant.