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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/870

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LE SOMMEIL


Je ne puis sans souffrir voir un humain visage
Clore les yeux, dormir, et respirer si bas :
Un mystère m’étreint, j’ai peur, je ne sais pas
Pourquoi soudain cet être est devenu si sage,
Sans défense, lointain, hors de tous les débats…

— Ne ferme pas les yeux ! Se peut-il que je voie,
O mon unique enfant, ton clair et jeune corps
Tout plein de vive humeur, de bourrasque, de joie,
De colère, de feu, de raison et de torts,
Emprunter tout à coup, dans la paix qui te noie,
L’humble faiblesse, hélas ! et la bonté des morts !


RENONCIATION


J’ai cessé de t’ai mer, Vie excessive et triste,
Mais tu t’agrippes à mon corps,
Mon être furieux veut mourir, et j’existe !
Et ta force me crie : « Encor ! »

Je me hausse en souffrant jusqu’au néant céleste,
Mais tes pieds d’aigle sont sur moi ;
Et plus je te combats, Destin sournois et leste,
Plus notre embrassement s’accroît.

— Quel plaisir désormais, ou quelle accoutumance
Mêlerait nos yeux ennemis ?
Je ne peux pas vouloir que toujours recommence
Une chance éclose à demi.

J’ai tout aimé, tout vu, tout su ; la turbulence
M’aurait fait marcher sur les flots,
Tant le suprême excès a le calme et l’aisance
Des larges voiles des vaisseaux !