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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/869

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Avec sa grande ardeur, céleste et souterraine,
Est toujours de moitié dans mes jeux et mes peines.
Ce conciliabule ébloui où je vis
Avec l’ombre agitée et les matins ravis
M’a donné mon orgueil rêveur et solitaire.
— Rien n’a jailli plus haut du centre de la terre ! —
Et parfois, retournant sur toi mes bras chargés
De ce fardeau divin, invisible, léger,
Je te parais, dardant mes yeux mystérieux,
Un monstre lapidant un homme avec les cieux !
Tu ne peux déchiffrer cette énigme qui songe.
Et pourtant, mon esprit, sans masque et sans mensonge,
N’aime que toi, ne veut, ne peut aimer que toi,
Et c’est ce qui me rend souvent chétive et triste ;
Il est beau qu’un amour obstinément persiste
Et qu’il soit comme un ciel d’automne, lisse et coi,
Et qu’il connaisse aussi les misérables transes
Que même un sûr désir traîne encor après soi.
Mais quoi ! Ne plus goûter la subite présence
D’un bonheur vague encor, d’un brumeux paradis,
Ne plus rêver, d’un cœur craintif qui s’enhardit,
A quelque inconcevable et chaude complaisance…
Hélas ! N’écoute pas tous ces mots que je dis.
Mais j’avais tant aimé l’espérance !


DANS LA PAIX DU SOIR


Dans l’éther où la lune luit,
Et verse sur la capitale
Sa grande paix provinciale,
Une horloge sonne minuit.
— A travers les nocturnes voiles,
Elle sonne, on ne sait pas d’où,
Et ce son est si pur, si doux,
Qu’il semble qu’une blanche étoile
Tombe du ciel à chaque coup,
— Douze coups lents, chantans, tranquilles, —
Comme l’argent dans la sébile…