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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/867

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Tous mes rêves, tous mes gestes
Ont les matins et les soirs
Pour témoins sûrs et célestes !
Que veux-tu, j’ai, tout enfant,
Dans le soleil et le vent,
Gravi un secret chemin,
Où ne passe nul humain ;
Un chemin où nul ne passe,
Car il n’a, en plein espace,
Ni bornes, ni garde-fou,
Ni discernable milieu.
Ceux qui franchissent ces lieux
Rendent les humains jaloux !
L’on subit grande torture
Sur ces sommets de Nature !
Plus jamais l’on n’est pareil
A ce qui vit sur la terre,
Mais on est un solitaire
A qui parle le soleil !
Jamais plus l’on ne ressemble
A tous ceux qui vont ensemble
Travaillant, riant, dormant ;
On rêve du firmament,
Même aux bras de son amant.
Jamais plus l’on n’est joyeux,
Mais l’on est ivre ! Parfois
On est un martyr en croix,
D’où coulent des pleurs de sang,
Et l’on n’a plus d’envieux.
Mais on est un cœur puissant,
Et l’on appartient aux dieux !


PAROLES DANS LA NUIT


Le soir est un lac pâle ; un floconneux nuage,
Tendre comme un œillet, fleurit le bleu du ciel.
C’est l’heure inexprimable où le bonheur voyage,
Invisible, certain, obstiné, sensuel.
Il n’est de ciel vivant qu’alentour des visages :