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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/864

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O corps mourant à qui plus rien n’est marié !
— L’Histoire passe avec ses canons, ses lauriers,
Son tremblement qui moud les routes et les mondes !
Mais cet enfant qui meurt ne sait. La lune est ronde
Au haut du calme ciel où tous les yeux humains
Se posent sans conflit, cependant que les mains
S’acharnent à tuer. Où sont les camarades
De cet enfant qui meurt ? Mais les reconnaît-on
Ces guerriers dans la nuit, ces obstinés piétons
Qui n’ont jamais fini de servir ? A tâtons
Ils continuent l’épique et sombre promenade.
— Et que pourraient-ils dire à celui-là qui meurt ? —
Que vous avez vaincu, cher être, on est vainqueur
Quand on est ce mourant sous les astres. Naguère
Un homme seul, pareil à vous, sans qu’on l’aidât,
Et sans que nul scrutât son suprême mystère,
Mourut, pareil à vous, sans se plaindre, les yeux
Semblables à vos yeux pleins d’espace. O soldats,
Dont le sang juvénile a coulé sur la terre,
Soyez bénis, chacun, comme peut l’être un dieu,
Christ de la monstrueuse et de la juste guerre !


ÉPIGRAMME VOTIVE


Victoire aux calmes yeux qui combats pour les justes,
Toi dont la main roidie a traversé l’enfer,
Malgré le sang versé, malgré les maux soufferts
Par les corps épuisés que tu prenais robustes,
Malgré le persistant murmure des chemins
Où la douleur puissante en tous les points s’incruste,
Je te proclamerais divine, sainte, auguste,
Si je ne voyais pas dans ta seconde main,
Comme un lourd médaillier à jamais » sombre et fruste,
Le grand effacement des visages humains. ?