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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/861

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tenus prêts pour l’épreuve leur valut un premier retour de considération. Non qu’ils fussent seuls dévoués et braves : ce fut au contraire la beauté de cette heure que la générosité ancestrale survécut intacte chez les égoïstes de la veille : mais, si l’illogisme ajoutait à leurs vertus plus de mérite, la constance assurait à celles des croyans plus d’autorité. Surtout les croyans apportaient à la défense un secours qui ne s’improvise pas, et le plus nécessaire. Quand on vit leurs fils supporter une telle part de la charge commune à tous, on eut quelque embarras que ces Français fussent traités en suspects. Par une intuition de ces changemens, les politiques jusque-là les plus ardens aux luttes religieuses ont, au début de la guerre, en gardant pour eux seuls le pouvoir, concédé du moins les mots d’Union sacrée. Belle parole, si elle n’est pas qu’une parole, si elle est la promesse d’une réforme sincère, complète et définitive.

Elle sera ce que les catholiques la feront. A eux aussi un devoir s’impose. Durant bien des années, ils ont pratiqué surtout celui de la patience. Mal gardés contre les entreprises d’une minorité haineuse par l’indifférence de la multitude, ils redoutaient d’aggraver leur sort par trop d’énergie. L’énergie leur fut plus facile contre l’envahisseur. Elle réhabilita les croyances inspiratrices de belles vertus, à ce point que dans les premiers temps de la guerre, le retour à la foi fut soudain et général. Il donna aux fanatiques de l’incrédulité une épouvante qui dure encore. Ils ont fait tout pour ramener à la matière ce peuple transfiguré par l’idéal. Avec eux a conspiré la longueur de l’épreuve : dans son traité Du sublime, Longin constate que la loi du sublime est d’être courte. Beaucoup après le souffle de tempête qui les avait élevés à l’extase, sont retombés où ils étaient. Mais ceux-là même ne sont plus ce qu’ils étaient. Ils ne tiennent plus pour ennemis les hommes dont ils constatent depuis quatre, ans le patriotisme, ni la doctrine dont ils ont reconnu, fût-ce un seul jour, la beauté.

La paix intérieure régnera donc si elle n’est plus troublée par les impénitens du fanatisme irréligieux. Et leur tentative de continuer leur passé se heurterait à un obstacle nouveau. La France est infiniment lasse des bavardages intellectuels : elle n’est plus sensible qu’aux simplicités claires. De ces évidences, la plus lumineuse est qu’avant tout il faut sauver la race. Or ceux qui se donnaient pour chefs sûrs ont compromis la race, et