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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/859

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intervenu, pour soutenir une des doctrines et combattre l’autre. Ce tiers est l’État. L’État s’est fait, depuis longtemps déjà, une foi d’incrédulité ; au service de cette incrédulité il a mis le prestige de son exemple, de ses déclarations, de l’enseignement qui, des universités célèbres aux écoles de village, forme les intelligences.

Se fût-il borné à prendre parti entre la philosophie incrédule et la philosophie religieuse, l’État aurait méconnu sa compétence. Il n’a pas pour tâche de créer l’opinion, mais de la servir : il l’avoue en parlant sans cesse de liberté, et quelle liberté est plus jalouse que celle des consciences ? Mais cet appui intellectuel aux théories d’impiété leur fut le moindre secours de l’État. Cet État, de tous le mieux organisé pour rendre son inimitié redoutable et sa faveur fructueuse, a employé toutes ses forces, les lois, les budgets, les fonctions et l’arbitraire, à réduire les catholiques à la condition de suspects, d’exclus, d’ennemis intérieurs. Il a changé une lutte de doctrine générale en une lutte d’intérêts particuliers. Ceux qui promettaient respect à toutes les libertés pour entrer dans la place, pour y rester, ont voulu se faire maîtres de tout. Leur contradiction fut leur force ; l’immense butin des faveurs gouvernementales distribuées sans scrupule attacha à leur fortune même une partie de ceux qui réprouvaient les luttes religieuses. Le fait que manquer à sa parole assurait l’avenir, devint pour la nation entière une leçon de scepticisme, et le plus grand mal ne fut pas que ce régime déçût la foi aux libertés publiques, mais qu’il la détruisît. Les catholiques même furent tentés, au lieu d’entreprendre contre lui une lutte incertaine et longue, de s’assurer, par l’abandon de leurs croyances, part à la faveur de l’État. Ainsi ont été détachés ceux qui ne sont pas faits pour souffrir, les ambitieux, les timides, les tièdes, les serviles, c’est-à-dire en tout pays, même dans le nôtre, beaucoup de gens.

L’irréligion de l’État se bornât-elle à un apostolat d’idées, on chercherait en vain une excuse à son choix. Combattre une croyance qui donne de la noblesse à l’homme, de la logique à l’existence, de l’infini aux espoirs, et commande à chaque génération et à chaque individu les sacrifices nécessaires à la force des peuples, à la durée de l’espèce ; enseigner comme préférable une ignorance qui, n’apprenant à l’homme ni son origine, ni sa destinée future, fixe toute sa sollicitude sur l’heure