Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/852

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


qu’il enseigne, il se fortifie dans l’atmosphère qu’il crée. Par lui les mœurs de la famille s’étendront à la société. Alors le plus essentiel de l’œuvre nécessaire sera accompli. Car elle est plus morale que politique et s’il importe que le père exerce une autorité politique, c’est surtout afin qu’il rende autorité à la morale, car il faut autre chose que l’énergie humaine pour ouvrir au devoir la dureté des cœurs. Quand du rocher jaillit la source, il n’avait pas été frappé par Josué, mais par Moïse. Et cet autre roc, la stérilité volontaire, se laissera moins vaincre par les armes de la force terrestre que par le commandement de la Foi.


III

Les familles fécondes sont celles où la foi religieuse survit intacte et elles sont d’autant plus fécondes que la foi y garde plus d’empire : voilà une leçon de choses, la leçon continue des choses. Ce serait assez pour qu’elle instruisît un temps comme le nôtre, attentif surtout à l’autorité des faits. Mais outre que ces faits sont en réalité, ils sont tels qu’ils doivent être en raison.

Non pas que cette raison soit incapable de discerner par sa propre lumière nos intérêts et nos devoirs. Mais quand elle statue seule sur le devoir familial, elle est sollicitée par des intérêts contraires. D’une part, elle reconnaît que la fertilité des races est nécessaire souvent à leur salut, toujours à leur influence, que les foyers aux enfans assez nombreux pour former une petite société, vivre en égaux, se supporter, se juger, s’attacher les uns aux autres, ne pas attendre de la fortune paternelle un avenir paresseux et compter sur eux-mêmes sont les meilleures écoles de l’homme. D’autre part, elle constate les surcharges ajoutées à l’existence des époux, par la présence de fils et de filles, par les amoindrissemens que cette tyrannie domestique impose à la liberté, aux plaisirs, aux succès, à la vocation des pères et des mères, quelquefois par la détresse, la faim, le désespoir auxquels, pour donner la vie à d’autres, ils condamnent leur propre vie.

Or, ces intérêts opposés n’exercent pas sur la raison un égal empire. Ceux d’ordre général la surprennent comme lointains, l’obligent à sortir de ses pensées habituelles et, par surcroît, la convient aux renoncemens dont la récompense est future et