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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/851

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à celui qui nous perd avec la famille, celui qui la ferait la plus maîtresse de son sort.

Le jour où le père de famille deviendrait un citoyen politiquement supérieur au célibataire, et où sa puissance électorale se multiplierait par le nombre de ses enfans, la philosophie de nos institutions sera autre. Ce ne sera pas seulement un remède assuré au plus grave de nos maux. Ce sera la certitude que seront découverts tous les remèdes capables de nous guérir et ignorés de nos médecins actuels. On ne se fiera plus pour chercher des lois meilleures aux auteurs des mauvaises lois, on n’abandonnera pas le soin d’arrêter la dépopulation à ceux qui laissent dépérir la race. Leur bon vouloir fût-il sincère, ils n’ont pas le sens de la famille, de ce qui la touche, l’attire, la paralyse, la blesse, la ressuscite. Les pères épargneront à la réforme essentielle les inerties, les hésitations et les méprises, en se confiant à eux-mêmes le mandat de l’accomplir. Lorsque, mandataires inamovibles de la famille, chacun par droit personnel, ils seront devenus ses mandataires politiques par leurs votes réunis, sera constitué le pouvoir le plus apte à la régénérer. Leur expérience et leur tendresse s’élèvent, quand il s’agit de ce qui leur est le plus cher, à la divination ; à eux le courage ne faillira pas pour mettre où il faudra l’énergie, la constance et le prix nécessaires. Eux, en même temps qu’ils restaureront la race, rétabliront dans notre vie nationale la gravité, la décence, le souci de la bonne réputation, le goût des honnêtes gens ; ils jetteront bas le mur que les gredins ont fait bâtir par les niais entre la vie privée et la vie publique ; ils rappelleront que pour les hommes publics il n’y a pas de vie privée ; ils mettront des bornes à la tolérance infinie dans laquelle pullulent les scandales ; ils ne laisseront pas notre esprit, nos allures et nos affaires infectés par le sans-gêne, la corruption, le cynisme [1]. Ces vices ne se développent pas au foyer ; l’existence familiale ne s’accommode pas d’eux ; il y a dans la magistrature du père une vertu éducatrice, et elle le forme lui-même aux traditions saines

  1. La nécessité d’unir toute ces forces, et le rang qui appartient aux forces morales ont été reconnus par l’Académie de Médecine, la moins mystique des autorités, dans son récent débat sur la population où M. le professeur Jayle a dit : « La repopulation de la France ne peut être pleinement réalisée que par la coopération de toutes les classes sociales : l’influence des idées morales et religieuses, les mesures administratives, fiscales et législatives sont de nature à contribuer puissamment au relèvement des bases de notre natalité. »