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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/822

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dépend de lui pour garder à l’opération son caractère pacifique. »

L’amiral de Gueydon, le général Regnault, le général Braquet ont été convoqués à son bord. Les transports amenant nos troupes doivent arriver le soir même. Par suite de la grande chaleur, il y a de gros inconvéniens à ne pas faire débarquer aussitôt les hommes et surtout les chevaux. M. Jonnart décide de passer outre : il fait accepter par les généraux un délai de vingt-quatre heures, il y a des cas où les nécessités militaires doivent s’accommoder dans une certaine mesure des exigences diplomatiques.

Entre temps, M. Robert David s’est rendu à Athènes où il a un entretien avec M. Zaïmis. Le président du Conseil accepte de venir voir M. Jonnart le soir même. Afin de lui épargner un assez long trajet en canot, on décide que l’entrevue aura lieu, non point dans la rade de Salamine, mais dans le port du Pirée, à bord du croiseur français Le Bruix, qui y est ancré.

La baie de Salamine, où se livra la fameuse bataille, est située entre l’Ile du même nom et la côte d’Attique. Toute l’escadre française s’y trouve. C’est un magnifique paysage de beauté et de lumière. D’un côté, la baie d’Eleusis avec le petit village d’Eleusis dans le fond ; en face, les hauteurs du mont Aegaléos ; de l’autre côté, la rade et le port du Pirée.

A l’heure fixée, M. Jonnart quitte le cuirassé La Justice, et se rend à bord du Bruix pour rencontrer M. Zaïmis. Cette entrevue est d’une extrême importance. Il est essentiel, pour le succès de l’opération, que M. Zaïmis conserve le pouvoir. Il est l’homme de transition, de conciliation rêvé. Au cas où Constantin songerait à résister, à provoquer un conflit, M. Zaïmis peut l’en dissuader, lui démontrer l’inutilité de toute résistances Constantin écarté, il s’agit de préparer le retour de M. Venizelos, de faire le pont. Ici encore, M. Zaïmis est à même de rendre les plus grands services. Si, par crainte des responsabilités, il quittait maintenant le pouvoir, Constantin ne manquerait pas de le remplacer par un ministère hostile à l’Entente. Avec ce ministère, ainsi qu’avec le monarque, les seuls rapports possibles, au point où en sont les choses, ce seraient des coups de canon, ce qu’il faut éviter par-dessus tout.

M. Jonnart, qui s’en rend bien compte, décide de faire tout son possible pour maintenir M. Zaïmis au pouvoir, pour gagner sa confiance, pour lui représenter la grandeur et l’utilité de