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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/820

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commandant l’armée d’Orient, avec l’amiral Salaün et le général Regnault, qui prend le commandement des divisions désignées pour débarquer à Corinthe et au Pirée. Dans l’après-midi, M. Venizelos rend visite au Haut Commissaire. On dîne chez M. de Billy avec Mme Argyropoulo, « l’Egérie du parti venizeliste, » comme l’appelle M. Robert David. C’est dans son salon à Salonique que fut constitué, en octobre 1916, le gouvernement provisoire de M. Venizeios. Après le diner, M. Venizeios et deux de ses ministres, dont M. Repoulis, viennent saluer M. Jonnart.

Le 9 juin, à huit heures du matin, M. Jonnart quitte Salonique à bord du Manyini. Le général Regnault l’accompagne ; deux de ses officiers s’embarquent sur le Protée. Il fait un très beau temps, et la traversée est magnifique. Près du canal de Skopélos, on rencontre nos premiers transports chargés de troupes à destination du Pirée : ils font route, survolés par un dirigeable qui surveille les sous-marins. On arrive à neuf heures du soir en rade de Keratsini (Salamine), où M. Jonnart prend congé du très aimable commandant du torpilleur, M. Magnier, de ses officiers et de l’équipage. La mission s’installe à bord du cuirassé La Justice.

A Salonique, M. Jonnart avait eu surtout affaire aux militaires. Tout le côté matériel de l’opération avait été réglé et bien réglé. Le mécanisme était monté, l’organisation était prête qui, ligotant les forces de Constantin, rendrait vaine toute tentative de résistance. L’affaire à cet égard semblait donc en très bonne voie. Mais, dès l’arrivée dans les eaux d’Athènes, voici que surgissent à nouveau les complications diplomatiques. Les ministres des Puissances alliées attendaient M. Jonnart à son bord : ils manifestent une vive émotion à la pensée qu’on va agir si vite, ils craignent pour la sécurité des Légations et de leurs nationaux. Cette inquiétude a trouvé un écho jusque dans les capitales de l’Entente. L’émotion qu’elle y provoque se manifeste déjà par des télégrammes qui parviennent à M. Jonnart. Au dernier moment, alors qu’il est sur le point de remettre son ultimatum au Roi, le Haut Commissaire va-t-il être contrarié, paralysé ?

Cet ultimatum, d’après un plan soigneusement étudié et mûri, doit être appuyé d’une double action militaire : occupation de l’isthme de Corinthe, débarquement au Pirée. Mais