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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/814

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que la sienne ne fut jamais plus fidèle interprète de l’esprit et de la volonté d’une nation. De là toute la dangereuse absurdité des efforts sentimentaux et magnanimes tentés par les Alliés pour faire revivre et, pis encore, pour reconnaître une autre Grèce, fantastique, inexistante, directe héritière de l’ancienne. Laissons de côté l’Hellade et pensons que nous avons à discuter seulement avec la Grèce. Il est déplorable, — et les événemens récens en sont les tristes effets, — que, dans une certaine presse et même dans les Parlemens de l’Entente, on n’arrive pas encore à reconnaître courageusement cette vérité, et que l’on continue à parler d’une Hellade qui réside tout entière dans la personne de M. Venizelos. » Le Corriere della Sera, l’un des plus importans journaux d’Italie, prétendait, à la suite de ces mêmes événemens, que M. Venizelos était d’accord avec Constantin, qu’il était par conséquent plus qu’inutile, insensé, de vouloir remplacer l’un par l’autre.

Certes, le gouvernement italien ne s’associait pas à toutes ces critiques. Toutefois, dans une entreprise ayant pour but la déposition de Constantin et le retour au pouvoir de M. Venizelos, il serait imprudent de ne pas compter avec cet état d’esprit d’une partie du public italien. On risque de voir l’Italie élever sa protestation contre une entreprise sur le principe de laquelle l’accord entre les cabinets de Londres et de Paris a été assez long à établir. Or, l’amitié de l’Italie, l’accord absolu, sans nuages, avec elle, sont choses précieuses, auxquelles nous tenons par-dessus tout. Voilà en perspective des complications nouvelles dans une affaire déjà si compliquée !

M. Jonnart arrive à Brindisi, le 4 juin à midi. Il est reçu par les représentans des autorités navales françaises et italiennes. L’amiral Gauchet, commandant l’armée navale interalliée, n’est pas venu, pour ne pas éveiller l’attention. Des automobiles amènent directement la mission au port où elle s’embarque sur le contre-torpilleur Mangini qui, coïncidence curieuse, porte le nom d’un oncle de M. Jonnart.

A une heure de l’après-midi, le Mangini, escorté du Protée du même modèle que lui, prend la mer par un très beau temps. Les deux navires franchissent à une vitesse de vingt-trois nœuds le canal d’Otrante. On est bientôt en vue de la côte albanaise, près de Vallona et Santi-Quaranta. On contourne l’île de Corfou par le Sud, des mines flottantes pouvant se