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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/812

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essayait de déplacer l’armée du Péloponèse, l’isthme serait immédiatement occupé…

M. Jonnart, tout en remerciant les ministres anglais de ce grand honneur, tout en se déclarant prêt à accepter la lourde tâche dont on le charge, tient à formuler ses réserves touchant la réalisation du projet. Il fait observer que les peuples orientaux, tels qu’il les connaît, et il les connaît bien, sont prompts à saisir la moindre hésitation, à profiter du plus petit retard. Il faut prévoir le cas où Constantin refuserait d’abdiquer. Le Haut Commissaire risquerait alors, faute de pouvoir employer la force à l’instant même, de se trouver en l’air avec un sabre de bois. Il est donc indispensable, ajoute-t-il, et il insiste sur ce point, qu’une certaine latitude lui soit laissée dans l’emploi des moyens. Ce sont, en fait, les Français, qui au point de vue militaire assument, pour les neuf dixièmes, les risques de l’opération : les contingens alliés n’y participeront que d’une manière nominale, afin d’affirmer l’accord des Puissances. Un Français en accepte la direction générale : c’est bien le moins qu’on lui laisse sur place le choix des mesures à prendre. Les Anglais expriment le désir qu’on n’ait recours à la force qu’à la dernière extrémité et seulement au cas où Constantin se livrerait à des actes d’hostilité. M. Jonnart est aussi désireux que personne de ne pas employer la violence ; mais le meilleur moyen pour atteindre ce but est justement d’avoir la force toute prête. Si l’on adresse à Constantin une sommation menaçante, il faut être en état d’appuyer immédiatement cette menace ; si on lui laisse le temps de se ressaisir, d’organiser la résistance, le conflit sanglant qu’on cherche à éviter se produira presque immanquablement…


LE VOYAGE DE M. JONNART

Les ministres français rentrent à Paris le 30 mai. M. Jonnart, sentant la nécessité de faire vite, n’y reste que deux jours, le temps de boucler ses valises. Dès le 2 juin, il part pour la Grèce. Haut Commissaire des Puissances, il a toute la direction, — politique, diplomatique et militaire, — de l’opération : toutes les forces militaires et navales sont mises à sa disposition. Le gouvernement lui donne comme collaborateurs : M. Clausse, conseiller d’ambassade, le lieutenant-colonel Georges, ancien