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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/811

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Aucun gouvernement au monde ne reflète plus exactement que le gouvernement britannique les dispositions et les mouvemens de l’opinion. Or, il y a, au sujet de la Grèce, deux courans chez les Anglais. Comme en font foi la plupart des grands journaux, la majorité du pays est d’avis qu’on en finisse une fois pour toutes avec Constantin, qu’on traite en ennemi déclaré un monarque qui n’a jamais manqué l’occasion de manifester son hostilité contre nous. Mais, d’autre part, un certain nombre de personnes, généralement des conservateurs, n’envisagent pas sans hésitation et même sans déplaisir une politique aussi rigoureuse à l’égard du roi de Grèce. Celui-ci est, ne l’oublions pas, le propre neveu de la reine Alexandra. La déposition d’un souverain, d’autre part, ne risque-t-elle pas de porter atteinte à l’idée monarchique ? Ces scrupules, qui aussi bien s’expliquent parfaitement chez un grand peuple, respectueux plus qu’aucun autre des traditions, sont examinés, pesés, placés dans l’un des plateaux de la balance. On met dans l’autre plateau toutes les raisons impérieuses, péremptoires, qui contraignent les Alliés à agir immédiatement contre Constantin : sécurité de notre corps expéditionnaire, nécessité absolue d’arrêter la mainmise allemande sur la Grèce, etc. Veut-on, oui ou non, gagner la guerre ? Si oui, il faut la mener énergiquement, et lorsqu’un souverain qui nous doit tout, trahissant tous ses engagemens, se met obstinément sur notre route, ne pas hésiter à s’en débarrasser. Dans cette lutte titanique, où l’Angleterre et la France versent sans compter le meilleur de leur sang, que pèsent des raisons sentimentales ?… C’est l’autre plateau de la balance qui s’incline. Les ministres anglais, après une longue délibération, acceptent le principe de la déposition de Constantin. Ici encore l’influence personnelle de M. Ribot et son éloquence ont convaincu les auditeurs.

Il reste à réaliser cette déposition, en évitant, autant que possible, toute effusion de sang, et tout risque de nous mettre sur les bras une lutte armée avec l’armée royaliste. C’est là l’opération délicate qui est confiée à M. Jonnart. Il est décidé qu’il partira le plus tôt possible pour la Grèce. Les Anglais donnent leur consentement a un certain nombre de mesures militaires : établissement de postes en Thessalie, destinés à assurer le contrôle des récoltes ; troupes tenues prêtes parle général Sarrail pour occuper l’isthme de Gorinthe en cas de nécessité ; que si le Roi