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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/808

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signalé dans cet Orient ou, depuis le début de la guerre, elle avait commis tant de fautes et éprouvé tant de revers ! L’affaire cependant présentait de grandes difficultés ; et c’étaient, nous disait-on, ces difficultés qui avaient jusqu’alors empêché qu’on ne la tentât. Mais, cette fois enfin, au lieu de tergiverser, d’hésiter, de biaiser, on s’était placé résolument, courageusement, devant l’obstacle ; on avait choisi, et c’était l’essentiel, un homme de tête froide, que les responsabilités, si lourdes soient-elles, font réfléchir, mais n’effraient point. Et ce qui paraissait si difficile, presque impossible, avait été aussitôt réalisé.

Je voudrais, en m’aidant de renseignemens inédits et des documens les plus sûrs, présenter, dans son détail et dans sa précision, le récit de cette mission si heureusement remplie.


L’ACCORD ENTRE LES PUISSANCES

On connaît trop, pour qu’il soit besoin d’y revenir, les rai-, sons impérieuses qui nous imposaient le devoir d’écarter du trône le roi Constantin. Son « dossier » pourrait se résumer ainsi :

1° Ce souverain constitutionnel avait ouvertement violé la Constitution garantie à son peuple par les trois Puissances protectrices, l’Angleterre, la Russie et la France. Il avait fait de la Grèce, que tout oriente de notre côté, la complice, presque l’alliée de l’Allemagne.

2° Obligé par un traité formel de secourir la Serbie attaquée, il avait rompu délibérément, cyniquement, ce traité, provoqué par-là l’écrasement des Serbes et rendu possibles les victoires de l’Allemagne en Orient.

3° A la suite de machinations tortueuses, il avait attiré dans un véritable guet-apens et fait massacrer une centaine de marins français (1er et 2 décembre 1916) [1].

Au printemps de 1917, la révolution russe prive Constantin de l’appui qu’il trouvait à la cour de Pétrograd. Le ministère Briand cède la place au ministère Ribot, qui, sous la poussée de plus en plus énergique de l’opinion publique et du Parlement, songe à employer en Grèce des moyens plus radicaux. M. Jonnart fait adopter par la commission extérieure du Sénat

  1. Voir dans la Revue du 1er mars 1917 : « Les Événemens d’Athènes des 1er et 2 décembre 1916, » par M. Léon Maccas.