Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/761

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


donc comme auparavant à l’armée : elle est mon seul refuge.

— Vous y êtes le bienvenu. — Soit : Vous voudrez bien, mon général, envoyer en lieu sûr ma sœur et Mme de Genlis.

— Certainement, mais à qui les confier, sinon à Quasdanovitch ? » C’est le nom du lieutenant de Cobourg.

Que faire, en effet ? Chartres s’occupe encore de son frère Montpensier ; il est à l’armée du Var, avec Biron. L’a-t-on prévenu ? Un officier a été chargé de cette mission : il arrivera tout juste à temps pour voir arrêter Montpensier.

Le lendemain matin, ils se rendent aux cantonnemens. Les commissaires de la Convention Lamarque, Quinette, Publicola Chaussard, ont harangué les fédérés et les ont emmenés à leur suite. Les deux généraux mettent leurs chevaux au galop et rattrapent la colonne ; elle se retourne et tire sur eux. Il faut fuir, Dumouriez perdant ses étriers, prenant les crins. Cette fuite éperdue les jette dans un poste autrichien.

Ils s’arrêtent ; un repas leur est offert. Arrivent à ce poste autrichien des officiers de Dumouriez. « Revenez, disent-ils, tout peut être sauvé. Une grande partie de l’armée tient pour vous.

— Le puis-je ? répond le général. Ne suis-je pas prisonnier ? »

A ce moment Mack, si célèbre plus tard, se présente. Le prince de Cobourg l’envoie : il déclare laisser aux Français toute liberté. Ceux-ci repartent donc et courent à un petit camp près de Brouilh. Le petit camp crie : « Vive Dumouriez ! » L’artillerie est tout près, à Rumegies. Ils s’élancent vers Rumegies. Mais tout est parti, hommes, chevaux et canons. Et les régimens les abandonnent, même ceux qui, une heure plus tôt, criaient : « Vive Dumouriez ! »

Celui-ci, serrant les poings, s’écrie : « Eh ! bien, la Convention verrai — C’est tout vu, pour ce qui me concerne, dit le Duc de Chartres. Hors de la France et hors de son armée, je ne suis plus qu’un proscrit. »

Il trouve non sans peine une voiture pour sa sœur et Mme de Genlis, et les suit de Valenciennes à Mons, ayant pris congé du général. A Mons, il se présente à son parent l’archiduc Charles. Celui-ci s’efforce de le retenir ; les plus brillantes faveurs lui sont offertes. Louis-Philippe n’en accepte qu’une : la permission de s’en aller en Suisse. ;