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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/760

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« Je n’avais pas, dis-je à Dumouriez, à examiner les mesures déjà prises ni les projets qu’il venait de me faire connaître. Il savait que c’était au gouvernement de la Convention nationale que j’attribuais les maux que la France souffrait déjà, et les malheurs plus grands encore que la continuation de cette odieuse tyrannie me paraissait devoir attirer sur elle. Mais désillusionné comme je l’étais des lois, des théories gouvernementales dont j’avais été enthousiasmé antérieurement, je m’étais décidé à me renfermer exclusivement, comme il me demandait de le faire, dans l’accomplissement de mes devoirs militaires. Il n’y avait plus pour moi en France de position tenable qu’à l’armée, ni d’autre rôle qui pût me convenir que celui d’un soldat dévoue à son pays. Je voulais donc suivre ou subir le sort de l’armée dans toutes ses phases, et j’étais résolu à ne pas m’en séparer, tant que je n’y serais pas contraint par une nécessité absolue.

« Je le remerciai de la confiance qu’il me témoignait et je lui promis de lui garder le secret. Il n’y eut jamais d’autre pacte que celui-là entre le général Dumouriez et moi. »

Personne ne doutera de l’affirmation de cet honnête homme. Comment jugera-t-on sa conduite ? Il faut le reconnaître d’abord : les projets de Dumouriez ne servent aucunement l’intérêt personnel de Louis-Philippe et les prétendues ambitions de la maison d’Orléans. Il s’agit de mettre sur le trône le fils de Louis XVI. Le prince est demeuré ennemi, — il le sera toute sa vie, — de l’émigration. Négocier avec Cobourg le révolte ; il ne le fera jamais. Cependant il a reçu la confidence de son chef. Est-il obligé de trahir ce chef ? De livrer le secret, de livrer Dumouriez lui-même à la Convention ? A la Convention qu’en ce moment même Louis-Philippe estimait coupable de la ruine de son pays et du déshonneur de son père ! Il écrit à ce dernier, lui exprimant son chagrin et ses inquiétudes. La lettre est saisie au camp. Il se tait. Il continue à exécuter les ordres, à faire silencieusement son service.

Mais les événemens se précipitent. A Paris, le rapport de Cambacérès propose la condamnation de tous les Bourbons. Dans le Nord, Dumouriez a ordonné la retraite ; ses troupes sont aux environs de Saint-Amand, près de Valenciennes.

Pendant un dîner, arrivent les lettres de Paris. « Voilà votre affaire, dit Dumouriez : vous êtes proscrit. — Je reste