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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/759

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s’ils le voient sur le trône, ils accepteront tout : même une Constitution. La preuve, c’est qu’ils n’ont pas protesté contre l’œuvre de l’Assemblée nationale ; ils n’ont pas bougé, tant que le Roi a été vivant. Il meurt, et leur révolte éclate.

« Enlevons donc au Temple le fils de Louis XVI. Proclamons-le Roi dans un de nos camps. Et nous donnerons à la Vendée le Roi, à la Nation la Constitution de 1791.

« Il faut pour cela, dit encore Dumouriez, que mon armée soit tenue en rapport avec les armées insurgées de l’Ouest, avec celles qui pourront se former dans le Midi.

« Et il faut d’abord qu’elle existe, et que je ne sois pas écrasé. Vous savez comme moi où nous en sommes. Nous sommes hors d’état de soutenir un combat de quelque importance. Rien n’empêche les Autrichiens de s’insinuer entre nous et la frontière de France. Ils n’ont qu’à marcher droit sur Ath, Mons et Tournai. Le moindre désastre qui puisse nous frapper sera la perte de notre artillerie.

« Aussi, poursuivit le général, sa voix s’abaissant jusqu’à n’être plus qu’un murmure, j’engage une conversation avec le prince de Cobourg. Rassurez-vous, je ne lui ai pas demandé une coopération. Elle nous serait funeste. Mais seulement un armistice. Il sait que je replierai mes troupes, rappelant les garnisons qui sont encore en Hollande et resterai en deçà de la frontière française que lui-même n’essaiera pas de franchir. Il sait que j’enlèverai le jeune prisonnier du Temple, et le ferai roi de France sous le nom de Louis XVII. La Constitution de 1791, remise en vigueur, mettra fin au régime de violence et de sang, et assurera au pays la liberté, la prospérité et la paix.

« J’ai voulu que vous n’ignoriez rien, ajoutait le général. J’estime heureux pour vous que vous soyez séparé de votre père, étant donnée « la déplorable position qu’il a prise dans la Convention Nationale. » Je respecte malgré tout votre piété filiale et ne vous demanderai jamais rien qui puisse la froisser. Au reste, je ne sollicite de vous dans mes projets politiques aucune collaboration. Restez à votre poste, faites votre devoir d’officier et soyez discret : c’est tout ce que je vous demande. »

Nous avons résumé, à l’aide de la mémoire, quelques traits de ce discours fort long. Nous avons copié, en ayant obtenu la permission, la réponse du Prince :