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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/735

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possède l’Institut [1] qui a paru en partie ici même [2] et dont M. le baron de Maricourt, dans un de ses intéressans ouvrages, a publié quelques lettres, nous donne l’idée de ces querelles de famille.

La Duchesse d’Orléans écrit un jour à son mari : « Vous avez résolu de m’ôter plus que jamais mes enfans. »

« Je prendrai mes précautions, riposte celui-ci, pour les élever dans mes principes et non dans les vôtres. »

La fille du Duc de Penthièvre répond avec une bonté et une résignation touchantes :

« Vous semblez craindre que je communique à mes enfans mes opinions. Vous vous trompez bien. Je les aime trop pour cela. Je sens que ce serait faire leur malheur, que de leur donner de l’humeur contre un état de choses qui s’établit, et sous lequel ils sont destinés à vivre. Je ne les porterai jamais à l’exagération, et je leur conseillerai d’avoir une opinion à eux. »

Cette sagesse est un héritage de son père. Le Duc de Penthièvre, vieux soldat de Dettingen et de Fontenoy, ayant fait avorter en Bretagne un projet de débarquement des Anglais, et mérité le titre de grand amiral de France, passa ses dernières années à Rambouillet dans une pieuse et charitable retraite : si aimé, si respecté de tous que, sans avoir embrassé les idées de la Révolution, il n’eut pas à souffrir de ses excès.

A la lettre touchante de sa femme Louis-Philippe-Joseph répondait brutalement : « Vous m’avez privé de la personne en qui j’avais mis ma confiance pour l’éducation de mes enfans. Je prendrai moi-même les précautions nécessaires pour achever leur éducation dans mes principes et non dans les vôtres. Je me chargerai de décider de tout. Vous ne serez l’instrument de rien. Quant au devoir et au besoin de faire tout ce qui peut me plaire, vous ne vous flattez pas que j’y croie, après ce qui s’est passé hier. Je vous verrai demain entre midi et une heure. »

En effet, après un fâcheux incident, une personne indigne admise au service de la jeune princesse Adélaïde [3], la

  1. Fonds Beugnot.
  2. Voyez dans la Revue des 1er et 15 avril 1913, La Duchesse d’Orléans et Madame de Genlis, par G. Buboscq de Beaumont et M. Bernos.
  3. « Vous me mandez-que vous m’avez toujours consultée. Vous savez que je ne l’ai été sur rien. Toutes les fois que vous m’avez annoncé quelque chose qui avait rapport âmes enfans, c’était toujours chose décidée. Les personnes qui les entourent ont été choisies par Mme de Sillery, comme cette Évelina qui est une fille publique et qui avait une fort mauvaise réputation avant d’entrer au service de ma fille. »