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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/728

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succédèrent a une existence fort agitée, à Twickenham, à Malte, à Palerme, il se mit à repasser dans sa mémoire les événemens de sa vie. Il a pensé et écrit beaucoup : non pas au jour le jour, mais après le temps de la réflexion, avec le recul de quelques années. Le style, un peu prolixe, sans viser à l’éclat, est d’une sincérité, d’une précision, d’une clarté de procès-verbal. « J’étais là, » écrit souvent l’auteur. Et à quelles scènes n’a-t-il pas assisté !


Il est né au Palais-Royal, en 1773. Son grand-père, le Duc d’Orléans, vivait encore ; son père est le Duc de Chartres, et lui-même, en naissant, reçoit le titre de Duc de Valois. De Versailles, de Louis XVI, il gardera les souvenirs d’enfant que les hommes de mon âge ont pu garder du second Empire. Nous avons couru dans les Tuileries, pour voir passer les Cent Gardes et les grandes voitures aux livrées vertes ; en rhétorique, on nous a menés au Corps législatif, pour entendre Jules Favre. Et nous demeurons encore sous l’impression de critiques et d’attaques très vives, qui abondaient parmi les conversations de nos parens, de leurs amis, de nos professeurs, ou de nos aînés déjà admis aux grandes écoles. Sous Louis XVI, le jeune Duc de Valois avait vu non seulement Paris, mais la Cour, étant élevé dans le plus proche voisinage, sinon dans le respect du Trône. Le Palais Royal par tradition ne ménageait pas Versailles ; il était le lieu de réunion d’une autre Cour indépendante et opposante.

Louis-Philippe n’a connu que par les récits de ses parens son arrière-grand-père, le fils du Régent ; savant et saint homme, occupé d’une collection de médailles et d’un cabinet d’histoire naturelle, et qui, depuis la mort prématurée de sa femme, passait ses jours à l’abbaye de Sainte-Geneviève.

Le grand-père, de mœurs beaucoup moins sévères, avait été un homme aimable et gai, très généreux, très bienfaisant.

Lors de l’installation du Parlement Maupeou, il avait pris parti pour les magistrats dépossédés et défendu contre Louis XV des principes violés depuis par d’autres que Louis XV. Il dut justifier sa conduite auprès du Roi et le Mémoire commençait en ces termes : « Je suis, par conviction et par ce que m’impose ma naissance, le plus zélé défenseur de l’autorité royale… Mais