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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/723

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n’y en a aucun d’un cas où l’accusé l’a saisie lui-même. C’est un joli fagot d’épines qu’on lui a posé sur les épaules. Elle n’a que le désir de s’en décharger le plus vite possible. Mais ce souci prouve à lui seul qu’une Assemblée ne saurait être un tribunal.

En toute dernière heure, à la fin de notre chronique du 15 novembre, nous avons sommairement signalé le mouvement maximaliste de Pétrograd. Lénine, disions-nous (et, entre parenthèses, avec un point d’interrogation, nous ajoutions : Zederblum ? nom que prêtait à l’agitateur une liste publiée naguère par la Morning Post ; mais il paraît que décidément il s’appelle Oulianoff, et les gens irréprochables n’ont pas besoin d’un jeu de pseudonymes), Lénine est maître de la capitale, ce qui n’est pas encore être maître de la Russie. Cette note hâtive, après quinze jours ensanglantés par des luttes criminelles, demeure la note vraie. Dans la confusion, la contradiction des nouvelles, voici ce qui semble surnager. Kerensky a eu la velléité de reprendre Pétrograd à Lénine. Mais ce déplorable Hamlet de la révolution russe n’a pu, comme toujours, aller au bout de son dessein : il a commencé par les armes, presque réussi, et aussitôt tout perdu par le bavardage, effrayé de ce qu’il avait gagné, tremblant du geste à demi esquissé. Il a été battu, s’est enfui, terré quelque part, sans qu’on ait retrouvé sa trace, et cette disparition même a comme un air shakespearien. Ainsi que Pétrograd, Moscou a été ravagée. Ses habitans et ses monumens auraient souffert. Les deux grandes villes, la cité impériale et la cité nationale, ont été enlevées au gouvernement provisoire. En revanche, l’hetman des cosaques du Don, Kaledine, domine dans le Sud, assez loin sur les fleuves, jusque vers la Mer notre et vers le Caucase. La façade sans épaisseur et sans solidité de la Russie unitaire s’écroule, mais quelques morceaux en sont bons : il s’agit de les utiliser.

Nous avons dit aussi, dès le 15 novembre, que nous aimions à croire que les gouvernemens de l’Entente y avaient réfléchi. Pour nous, à première vue, il y a deux choses à faire, ou plutôt une chose à ne pas faire, et une chose à faire. Si le triomphe des maximalistes se confirme, il ne faut, à aucune condition, reconnaître ce faux gouvernement qui n’est que l’usurpation d’une bande délirante d’anarchistes et d’agens allemands. La chute du gouvernement provisoire, qui, lui, avait figure de gouvernement régulier, et envers qui nous avions des précautions à prendre, nous laisse le champ libre. Le radiogramme du «Soviet des commissaires du peuple » proclamant un armistice qui est une défection, a achevé de nous délier vis-à-vis de